Al-Khidr est mentionné dans le Coran à la Sourate 18 "Al-Khaf", à partir du verset 65, et jusqu'au verset 82. Ces versets, mentionnent la rencontre entre "L"homme vert" et le prophète Moïse (1).
Cette rencontre a également été illustrée par un Hadith (2) du prophète Muhammad (PBSL) qui apporte quelques éléments supplémentaires à cette histoire. Cet Hadith précise que Moïse demanda la permission de rester avec Al-Khidr au moment de leur rencontre, mais ce dernier lui dit : "Moïse, j'ai une connaissance qui me vient de Dieu, que j'ai reçue et que tu ne possèdes point. Par ailleurs, tu possèdes également une connaissance dont Dieu t'a dotée, et que je n'ai point". (rapporté par Al-Bukhârî).
Le récit lui-même, prouve qu’Al-Khidr a une connaissance que lui seul possède, car il est amené par Dieu à faire des actes d’apparence répréhensibles ou incorrects, et dont la signification profonde échappe entièrement à Moise.
Boukhari rapporte dans le Livre des Prophètes que le Prophète Muhammad (PBSL) a dit, "Al-Khidr (" l'Homme Vert ") a été ainsi nommé parce qu'il s’était assis une fois sur une terre blanche et stérile, qui par la suite devint luxueusement verte à cause de la végétation."
Certaines personnes, comme As-Siohârwî de Delhi, pensent que la connaissance d'Al-Kidr, lui viendrait de son statut de prophète. Même si de telles allégations peuvent avoir un fondement logique, il n'a JAMAIS été fait mention qu'Al-Khidr soit un prophète de Dieu, que ce soit dans le Coran ou les hadiths du Prophète.
Il s'agirait plutôt d'un envoyé de Dieu, d'un ange Malak selon certains, qui aurait été doté de ses connaissances uniquement dans le but de tester la patience de Moïse. Il aurait pris forme humaine comme tout ange une fois sur terre. C'est également pour ces mêmes raisons qu'il commet les actes qui sont décrits comme immoraux par Moïse avec sang froid et sans éprouver la moindre émotion. Il obéit uniquement à Dieu. Son statut d'Ange expliquerait également le fait qu'il n'est pas limité à un espace-temps précis, et que sa voix ait été entendue pendant la maladie du prophète Muhammad (PBSL) dans la maison de ce dernier, bien des siècles après sa rencontre avec Moise. Les compagnons du prophète ont en effet entendu une voix du coin de la maison, prononcer cette phrase : "La Paix, la miséricorde de Dieu et ses bénédictions sur vous, membres de la Famille du Prophète !". Ali (3) a alors demandé à ses compagnons s'ils savaient qui cela pouvait être, et Muhammad (PBSL) révéla que c'était en fait Al-Khidr. Bayhaqa a transmis cet hadith dans Dala'il Noubouwwa.
Une autre explication toute ésotérique qu'il serait aussi plausible d'étendre ici est qu’Al Khidr au moment de rencontrer Moïse, possède un tel degré de connaissance des mystères et de « réalisation spirituelle » qu'il dépasse toutes notions « dualisantes » du bien est du mal, se tenant à un point de vue purement « métaphysique », au-delà même du « religieux ». Autrement dit, ce degré de connaissance acquis par Al khidr, que la nature prophétique de Moise ne put saisir au moment « décisif » tire la légitimité de ses actions non d'un état intérimaire mais directement à partir de l' « unité suprême » qui régit toute chose et avec laquelle il fusionne totalement.
Ce degré spirituel symbolisé dans l'ésotérisme islamique par le cheminement intérieur parcourut par l'initié al murid -qui franchit et grimpe les « état spirituels » dans un ordre bien défini jusqu'à aboutir au stade totalisant de l' « homme universel » de Ibn Arabi (Al insan al kamil)- n'est pas à la porté de tout être ordinaire. Il ne s'acquiert pas seulement par la volonté de l'homme mais se manifeste chez chacun suivant sa propre « nature effective », les dispositions spirituelles innées en lui et suivant l'effort personnel que ce dernier est disposé à fournir pour arriver à ce sommet des « hiérarchies spirituelles » et à cet ultime stade de connaissance pure du divin (4).
Le personnage d'Al-Khidr ou le verdoyant n'est pas présent uniquement en Islam mais de façon directe ou indirecte dans presque toutes les traditions de l’humanité ; une vieille tradition hindoue en fait également référence au point que chaque année on célèbre une fête en son honneur. Selon M. Garcin de Tassy, cette fête aurait lieu au mois de Bhadoun, le « dernier de la saison des pluies », et serait surnommée Khadja Khizr.
Il est à signaler que certains adeptes de la théorie cyclique des âges, soutiennent l'idée selon laquelle Al-Khidr est un personnage intemporel, qu'il serait le garant de la science divine depuis des milliers d'années jusqu'à la fin des temps. Certains hadiths du prophète peuvent corroborer ces propos dans la mesure ou ils font d'Al-Khidr un personnage contemporain de Dhû-'l Qarnayn, qu'il accompagna dans son périple vers la terre du nord à la recherche de la source de vie. Si Dhû-'l Qarnayn ne pu boire de cette source miraculeuse, Al-Khidr le fit, ce qui expliquerait ses apparitions multiples dans l'histoires de l'humanité à différentes époques et divers endroits.
Cette « Source de la vie » quant à elle, est bel et bien mentionnée par le prophète (PBSL) dans un hadith authentique rapporté par Al-Bukhârî (version citée dans le Livre du Tafsîr).
Cependant, ce qui est mentionné dans ce hadith, c'est que cette source se trouvait près du rocher auprès duquel, selon le récit de la sourate Al-Kahf, Moïse et son serviteur se reposaient pendant leur voyage à la rencontre de Al-Khidhr.
Ce hadith ne dit pas que des gouttes de cette source auraient touché Al-Khidr, mais qu'elles ont en revanche touché le poisson mort que Moïse et son serviteur transportaient avec eux pour le consommer, et que c'est ainsi que celui-ci a été ramené à la vie et qu'il a ensuite glissé vers la mer. Mais à pousser l'analyse plus loin, il est curieux de voir que dans cette sourate unique en son genre, il soit fait mention en même temps de cette source de vie et du personnage mystérieux d'Al-Khidr, et si le Coran ne pousse pas le parallèle jusqu'au bout, certains commentateurs de la tradition l'ont fort bien supposé.
En partant donc de l'hypothèse selon laquelle le verdoyant aurait bu de la source de la longévité, les récits intemporels à son sujet deviennent plus que logiques. Moise (PBSL) ne serait donc plus le seul à l'avoir rencontré et d'autres prophètes ou saints avant ou après lui peuvent également avoir croisés le chemin d’Al- Khidr. Mohyi-din Ibn Arabi affirme dans un de ses ouvrages qu'Al khidr ne se contente pas de simples manifestations sporadiques au cours de l'histoire de l'humanité notamment auprès des saints (awliya' allah) auxquels nous avons fait allusion plus haut, mais que ce dernier joue un rôle majeur dans la hiérarchie invisible établie par Dieu et qui sans laquelle le monde manifeste ne subsisterait pas. Certains considèrent même qu'il est à la tête d'une voie spirituelle (tariqa) des plus "suprêmes", celle des afrâd (Michel Chodkiewicz - Le Sceau des Saints)
Enfin il est à signaler ici que de nos jours de nombreux gnostiques de l'Islam ont également affirmé avoir rencontré sayidouna al khidr au moins une fois dans leur vie. Ce fut le cas du penseur français René Guénon (Abd al-Wahid Yahya en islam) qui n'a jamais souhaité aborder la question d'Al-Khidr dans son œuvre plus que superficiellement, « parce que la chose le concerne de trop près », disait-il dans l’un de ses commentaires.
Wa Allâhou A'lam ! (Et Allah est Plus Savant !)
(1) Se référer à notre à notre article sur le prophète Moïse >>
(2) Se référer à notre article sur les hadiths >>
(3) Voir notre article sur le compagnon et gendre du prophète >>
(4) Le concept de l'homme universel est une des notions les plus distinguées du a-taçawuf.
Al-Khidr aurait déjà rencontré Moïse (PBSL) auparavant, lorsque ce dernier tua un égyptien d'un coup de poing, en voulant défendre un homme de sa race. Ainsi, peu après que Moïse est commis cet acte terrible, un homme mystérieux le prévient qu'il doit quitter la ville s'il veut éviter d'être arrêté et emprisonné pour son crime.
Bien plus tard, Moïse rencontrera à nouveau Al-Khidr, et il commenceront alors leur court voyage ensemble. C'est ce voyage qui est relaté dans la fameuse Sourate "Al-Kahf" dont voici résumé l’essentiel :
Avant de commencer leur voyage, Al-Khidr précise bien à Moïse (PBSL) que ce dernier ne pourra pas l'accompagner, sauf s'il s'abstient de poser des questions sur ses faits et gestes, car Al-Khidr sait que Moïse ne pourra pas manquer d'être étonné par ses actions.
Moïse et Al-Khidr louent alors un bateau pour traverser un fleuve. Le bateau est sabordé en plein milieu du fleuve par Al-Khidr, le faisant couler. Moïse ne peut s'empêcher de condamner cet acte, qu'il juge inapproprié et sans fondement. Al-Khidr lui rappel alors une première fois sa promesse de ne pas poser de questions.
Un peu plus tard, Moïse et Al-Khidr rencontre un jeune homme, qu'Al-Khidr tue, sans motif apparent. Moïse ne peut se contenir devant une telle « immoralité » et devant un pareil acte de cruauté gratuite, et Al-Khidr le reprend une seconde fois.
Ils se rendent ensuite tout deux dans un village, pour quêter un peu de repos et également un peu de nourriture. Ils trouvent porte close, et décident donc de quitter le village. Au moment où Moïse et Al-Khidr dépassent les dernières maisons en périphérie du village, ce dernier se dirige vers un mur sur le point de s'écrouler, et le répare. Moïse une nouvel fois ne peut s'empêcher de lui faire remarquer que les habitants n'ayant pas voulu leur accorder l'hospitalité, ils n'ont pas à leur rendre service de la sorte. Brisant pour la troisième fois sa promesse de ne pas contester les actes de son mentor, Moïse irrite la patience d'Al Khidr qui le lui fait savoir immédiatement. Ce fut alors le point de rupture entre les deux hommes.
Al-Khidr, avant de quitter Moïse (PBSL), consent néanmoins à expliquer à ce dernier le sens ésotérique de ses actes, ainsi que leur bien-fondé, voyant que le prophète n’avait pu s’empêcher de critiquer chacun de ses actes.
• D'abord, Al-Khidr a fait couler le bateau parce qu'il existait un tyran qui volait tous les bateaux des pauvres gens dans la province où Moïse et Al-Khidr se trouvaient. Afin d'éviter aux personnes leur ayant prêté le bateau de perdre leur bien, Al-Khidr l'a coulé. Le tyran mourrant le lendemain, les propriétaires du bateau pouvaient récupérer ce dernier sans problème.
• L'enfant a été tué parce que Dieu ne permettrait pas que ce dernier poussa ses parents, de bons croyants, à fuir la religion de la droiture. Dieu allait par la suite leurs donner de meilleurs enfants que celui-ci.
• Le mur qui a été reconstruit appartenait à un homme qui a toujours été généreux avec les pauvres gens durant sa vie. A sa mort, il laissa un trésor enterré au pied du mur pour ses deux enfants, qui étaient devenus orphelins. Le mur une fois reconstruit, personne n'aurait pu voir le trésor et se l'approprier. Les enfants auront le temps de grandir pour récupérer le trésor eux-mêmes à l'âge adulte.
Al-Khidr n'a donc pas agit délibérément comme pouvait le penser Moïse, qui a failli à sa promesse, ne pouvant s'empêcher de critiquer des actes dont il ne mesura pas la portée.
La première chose à retenir de cette rencontre est avant tout le niveau de connaissance limité de Moïse (PBSL) par rapport à Al-Khidr, et ceci malgré son statut de prophète accordé par Dieu. Il faut donc retenir de cet épisode de la vie de Moïse, l'humilité dont doivent faire preuve les savants religieux et les scientifiques. En effet, malgré toute la connaissance dont ils disposent, ils trouveront des personnes toujours beaucoup plus connaissantes qu'elles. N’est il pas vrai que Dieu dit dans un autre passage du Coran : « Au dessus de chaque connaisseur, il y a plus connaisseur ! » (Fawka Kouli Dhi Ilmin, Ali’iîm) .
Aussi, à chaque fois qu'une personne prend la parole pour donner un conseil à une autre ou un groupe de personnes, celle-ci doit faire preuve de la plus grande humilité et du plus grand respect à l'égard de son public. Elle ne doit pas se considérer plus haute ou plus intelligente, autrement le message qu'elle aura à transmettre ne passera pas ou alors passera avec difficulté. C'est également évident que chacun à besoin d'un guide, que l'on soit simple mortel, ou bien prophète (qu'il s'agisse de Moïse ou bien de Muhammad (PBSE), qui avait toujours auprès de lui les conseils avisés du plus grand Ange de Dieu, Djibril (Gabriel) et qui due même suivre les conseils de ses compagnons à de multiples reprises ou celui d'un guide bédouin pour se rendre à Médine (5)).
Enfin on peut également voir cette rencontre comme un exemple particulièrement frappant de l'expression arabe : Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).
Nombreux sont les commentateurs de la tradition qui ont relevé le caractère mystérieux de la rencontre de Moise le prophète avec le personnage d’Al-Khidr. Il faut avant tout voir que l'intervention de ce dernier dans la vie de Moïse (PBSL), n’est pas le fruit du hasard, mais bel et bien une « épreuve » pour Moise (PBSL), dont l’ordre d’exécution émane directement de Dieu.
En raison de leur apparente immoralité du point de vue extérieur, certains mystiques de l’Islam ont avancé les explications suivantes, toujours à travers une lecture ésotérique du Coran, pour éclairer et justifier les actes d’Al-Khidr :
• Ainsi lorsque ce dernier saborde le bateau, acte apparemment exécuté pour détruire le prêt qui a été fait à lui et à Moïse, Al-Khidr veut seulement montrer le sens caché qui été derrière celui de "avoir sauvé le bateau des mains d'un homme violent". En fait, il y a ici une analogie vis à vis de l'arche dans laquelle Moïse est caché lorsqu'il a été jeté dans le Nil; selon les apparences, cet acte devait également détruire Moïse, mais en fait, cela lui a permis d'être sauver. Ceci avait été fait par sa mère par crainte de « l'homme violent », représenté par Pharaon, pour qu'il ne tue pas Moïse (PBSL) à l'état de nourrisson...
• De plus, Moïse avait auparavant commis un meurtre sur un égyptien, un acte certes répréhensible, mais qui lui fut pardonné par Dieu, car il été alors dans l'erreur et n'avait pas eu l'intention de commettre l'acte. C'est pour cela que Al-Khidr lui a montré le meurtre d'un jeune garçon devant ses yeux, afin de rappeler à Moïse son propre crime et de lui montrer l'état dans lequel il se trouvait alors qu’il ne savait pas encore qu’il était protégé / préservé du péché et de toute action contraire à l’Ordre Divin.
• Enfin, lorsque Moïse arriva à un village après sa fuite, il rencontra deux femmes qui souhaitaient faire boire leur troupeaux, mais qui ne pouvaient s'approcher du puit car beaucoup d'hommes le gardaient pour faire boire leur propre bêtes. Aussi, Moïse alla t’il tirer de l'eau pour ces demoiselles, sans rien demander en retour, et en prononçant uniquement ces paroles, une fois retiré à l'ombre : « O Seigneur, je suis pauvre en ce qui concerne les bénédictions que Vous avez fait descendre sur Moi ». Ces paroles de remerciements vis à vis de Dieu pour son acte de générosité, traduisent bien alors sa volonté d'attribuer à Dieu seul l'essence de la bonne action qu’il a commis. Il s'est également par la même occasion qualifié de "pauvre" (faqir), ce qui est une immense marque de modestie et d'humilité envers Dieu. C'est donc pour cette raison qu'Al-Khidr a entrepris de reconstruire le mur devant Moïse, sans rien demander en retour. Moïse l'a alors réprimandé, oubliant au passage qu'il avait commis lui-même un acte de pareil générosité sans rien demander en contrepartie.
Finalement pour conclure cet article, nous ajouterons qu'il n'est malheureusement pas fait mention de plus de détails sur la rencontre d'Al-Khidr avec Moïse dans le Coran, et c'est d'ailleurs pour cette raison que Muhammad (PBSL) a regretté dans un hadith que Moïse n'ait pu s'empêcher de poser plus de questions à Al-Khidr, autrement la tradition musulmane aurait sûrement rapportée de plus amples informations sur ce mystérieux messager.
(5) Se référer à notre article sur l’Hégire >>