Ismaël (PBSL), est le premier fils d’Abraham (PBSL). Il est l’ancêtre du prophète Muhammad (PBSL), et le premier arabe ayant eu le statut de prophète de Dieu.
Il tient une place providentielle au sein du dogme musulman, dans la mesure ou son parcours est intimement lié à celui de son père Abraham (PBSL), référent des trois grands monothéismes et pivot du monothéisme Hanifal (1).
Que dit la tradition sur son enfance ? Quelles furent ses qualités humaines et spirituelles ? Par quel cheminement a t’il acquis le statut de prophète ?
Voici des éléments de réponses, rapportés aussi bien dans le Coran que par la Sunna (2) :
Ismaël (PBSL) est né de l’union d’Abraham (PBSL) et de sa servante Agar, la femme d’Abraham (PBSL), Sarah, étant alors incapable d’enfanter. Lorsque cette dernière mis au monde Isaac (PBSL), elle commença à éprouver de la jalousie à l’égard d’Agar, ne supportant pas de voir Ismaël (PBSL), le fils d’une servante traité de manière égale à son fils Isaac (PBSL).
Aussi, elle prit un jour le prétexte d’une querelle d’enfant entre Ismaël et Isaac pour demander à son mari Abraham (PBSL) d’envoyer loin d’elle sa servante et son fils, qu’elle ne pouvait supporter davantage.
Abraham (PBSL) consentit à la requête de son épouse, et pris Agar et Ismaël avec lui, pour les emmener tous deux dans un endroit désertique où il devrait se résigner à les abandonner.
Quand ils arrivèrent à destination, aucun signe de vie n’était visible à l’horizon, à part les restes de la maison sacrée, la « Kaaba », telle que l’avait construite Adam, le premier homme.
Abraham (PBSL) laissa là sa servante et son fils, non sans leur avoir donné une gourde d’eau et quelques dattes, qui ne leur permettraient pas de tenir très longtemps dans cette contrée hostile.
Ibn Abbas rapporte qu’Abraham (PBSL) remonta ensuite sur sa monture et s’éloigna lentement. Il entendit alors sa servante lui crier : « Où vas-tu Abraham, en nous laissant seul dans cette vallée désertique où il n’y a personnes dont nous pourrons apprécier la compagnie, ni même aucune chose à apprécier ? » Abraham (PBSL) ne répondit pas et continua son chemin.
Agar répéta son interrogation, mais voyant qu’Abraham ne lui répondait toujours pas, elle comprit que ce dernier devait agir selon un ordre de Dieu. Elle lui posa alors la question suivante : « Est-ce Dieu qui t’as ordonné de faire ce que tu fais ? » Abraham (PBSL) acquiesça, et Agar répondit : « Alors Il ne nous abandonnera pas ».
Abraham (PBSL) s’éloigna alors, non sans avoir imploré une dernière fois Dieu pour le salut des deux êtres qu’il venait d’abandonner :
Agar entreprit alors de s’hydrater, ainsi qu’Ismaël (PBSL), avec le peu d’eau dont ils disposaient. Lorsqu’ils furent tous deux à cours d’eau, ils commencèrent à ressentir la soif. Agar, voyant son fils Ismaël se tordre de douleur au fur et à mesure du temps décida de se rendre au mont As-Safa afin de voir si elle pouvait distinguer au loin des voyageurs à travers la vallée.
Ne voyant personne, elle décida de descendre As-Safa, et courut à travers la vallée jusqu’au mont Al-Marwa. Là bas, elle chercha à nouveau des signes de vies à l’horizon, mais ne distingua aucune forme de vie.
Elle retourna ensuite en courant sur le mont As Safa, et répéta l’aller/retour de As-Safa à Al-Marwa en tout sept fois (3).
La tradition rapporte qu’alors qu’Agar revenait sur le mont Al-Marwa pour la septième fois, elle entendit une voix rassurante, et commença à se calmer. Ensuite, elle vit l’Ange Gabriel descendre près de l’endroit appelé ZemZem (4), où il creusa le sol avec son aile. Une source d’eau jaillit alors de la Terre, et Agar entrepris de creuser autour du trou crée par l’Ange, afin de former une sorte de bassin où elle et son fils purent se désaltérer.
L’Ange Gabriel lui dit alors : « N’aie pas peur de te sentir abandonner, car c’est ici que sera bâti la maison de Dieu par ce garçon et son père, et Dieu n’abandonne jamais Son peuple ».
(1) Les hanifs sont des adeptes du monothéisme, qui ont déduit l’existence d’un seul Dieu unique par leur seule intuition spirituelle. La tradition rapporte que le prophète Abraham fût le premier parmi eux.
(2) Tradition prophétique
(3) Les millions de musulmans qui effectuent le pèlerinage à la Mecque « Hajj », entretiennent chaque année le souvenir du désespoir d’Agar en reproduisant les mêmes gestes qu’elle. Ces allers/retours entre les collines de Safa et Marwa constituent un pilier parmi d’autres du pèlerinage musulman.
(4) Boire au puits de Zemzem fait également parti du rituel du pèlerinage (Hajj). Le puit est également appelé, la « lèvre de Gabriel », son eau est considérée comme bénite par les musulmans.
Ismaël (PBSL) et sa mère Agar s’installèrent donc dans la vallée, et furent bientôt rejoints par un groupe de bédouins appartenant à la tribu de Jurhum, ayant découvert à leur tour la source d’eau. Ismaël (PBSL) grandit, apprit l’Arabe, puis se maria avec une des femmes du peuple de Jurhum.
Les années passèrent, et Agar mourut. Un jour, Abraham (PBSL) décida de venir rendre une visite surprise à son fils Ismaël (PBSL). Il frappa donc à la porte de sa maison, et fut accueilli par son épouse, qui lui apprit qu’Ismaël (PBSL) était absent.
Lorsqu’ Abraham (PBSL) lui demanda alors dans quelle situation vivait-elle avec son mari, cette dernière se plaignit beaucoup, et ne proposa pas l’hospitalité à Abraham (PBSL). Ce dernier lui dit alors avant de partir : « Quand Ismaël reviendra, tu lui passera mes salutations et lui dira de changer le pas de sa maison ». La femme d’Ismaël ne comprit pas les paroles du vieil homme, mais les rapporta tout de même à Ismaël quand ce dernier revint à la maison. Ismaël lui révéla alors que par cette métaphore, son père lui conseillait de divorcer d’elle, ce qu’il fit sur le champ. Ismaël se maria ensuite avec une autre femme de la tribu de Jurhum.
Peu de temps après, Abraham (PBSL) revint rendre visite à son fils. Il le trouva de nouveau absent et posa la même question qu’auparavant à sa nouvelle épouse. Celle-ci répondit qu’elle et Ismaël, grâce à Dieu, ne manquaient de rien. Abraham (PBSL) demanda alors à savoir quelle nourriture ils mangeaient et quelle boisson ils buvaient. Elle répondit : « de la viande et de l’eau ». Abraham (PBSL) dit alors : « Mon Dieu, béni cette viande et cette eau ! ».
Avant de partir, il lui dit : « Quand Ismaël reviendra, tu lui passera mes salutations et lui dira de prendre soin du pas de sa maison ». La femme d’Ismaël s’enquit de la requête d’Abraham (PBSL), et rapporta cette parole à Ismaël. Ce dernier lui expliqua que son père lui avait conseillé de la garder comme épouse.
Un autre jour, alors qu’Ismaël taillait des flèches près du puit de Zemzem, son père lui demanda de reconstruire avec lui, sur ordre de Dieu, la Kaaba, bâtie par leur père Adam.
C’est lors de cet évènement qu’Abraham et Ismaël (PBSE) firent le premier pèlerinage à la maison sacrée :
Parmi les nombreuses qualités du prophète Ismaël (PBSL), on note :
- Une grande foi envers Dieu et une confiance infaillible en Son Commandement. L’exemple le plus flagrant en est l’épisode où Ismaël se vit demander par son père d’être sacrifié à Dieu (5), comme dans le rêve que celui-ci avait fait la nuit précédente.
- Un grand respect des valeurs de l’hospitalité et du partage. Le Coran décrit Ismaël comme un prophète que Dieu tient en haute estime :
(5) L’histoire du sacrifice d'Al-adha, est largement mentionnée dans notre article sur Abraham (PBSL) >>
Sur le plan historique, la Bible reconnaît Ismaïl (PBSL) comme étant l’ancêtre des Arabes, qui se sépara de son père Abraham (PBSL) pour fonder sa propre lignée, après que ce dernier l’ait abandonné à sa naissance, ainsi que sa mère Agar, dans le désert.
Si ces réalités historiques sont approuvées globalement par les deux religions, elles constituent en même temps la source de divergences entre les traditions islamique et judéo-chrétienne.
Nous pouvons dire que d’un point de vue doctrinal, certains commentateurs juifs considèrent Ismaël comme étant un prophète certes béni, mais en dehors de toute lignée hébraïque. A partir de là, le récit de la Genèse - chapitre 16-21, le place en infériorité notoire par rapport à son demi-frère Isaac ancêtre des juifs. Cette distinction, qui jette le discrédit sur sa personne, est d'ordre racial et se justifie dans la Bible par le fait qu'Ismaïl est né de l'union d'Abraham (PBSL) et de sa servante Agar.
Ainsi, si le Coran consacre à Ismaël et Isaac (PBSE) un co-héritage direct de leur père, la tradition biblique en fait autrement. Dans une quête de suprématie dogmatique et culturelle, elle amoindrit ostentatoirement l'image d'Ismaël et le discrimine par rapport a son frère Isaac.
Selon le récit biblique, le divorce d’Ismaël avec son père pour partir fonder sa propre lignée, l’exclut automatiquement de reprendre la mission Divine qu’initia Abraham en son temps. En revanche, Isaac (PBSL), toujours selon la Bible, ne renonça jamais à cette dernière. Il la reprendra haut la main, et s'accordera à faire prospérer le peuple juif et à façonner son image de "peuple élu" parmi toutes les nations (6).
Quoi qu’il en soit, selon le postulat judéo-chrétien, les descendants d’Ismaël (PBSL) ne peuvent revendiquer la Terre Promise au peuple juif. Seuls les prophètes issus d’Isaac (PBSL) et leur descendance en sont les véritables bénéficiaires. Il est à signaler que la chrétienté, du fait que le messie Jésus fils de Marie (PBSL), soit lui-même juif, retiendra aussi cette argumentation fallacieuse.
(6) Il s'agit là d'un argumentaire judaïque pour consolider le principe doctrinal selon lequel les juifs sont le peuple élu de Dieu, héritant de la Terre Promise. Argument dont se sont servis des mouvements politiques juifs tel que le sionisme pour occuper la Palestine au XXéme siècle par la force au détriment d'une population déjà présente sur place depuis des millénaires.