Ali, le valeureux

Ali, le valeureux

Le prophète Muhammad (PBSL) dira de d’Ali : « Je suis la cité de la science et Ali est sa porte ». Si l’Islam a engendré de valeureux martyrs et de nombreux saints, il y a également un homme unanimement reconnu pour ses admirables qualités et son indéniable charisme.

Cet homme n’est autre qu’Ali Ibn Abou Talib ; véritable héros de l’Islam pour les Sunnites, et premier Imam (1) d’une longue lignée pour les Chiites. Les récits qui lui sont consacrés dans la tradition islamique ne manque pas de souligner le courage et la force de caractère du cousin et gendre du prophète (PBSL).

Mais un retour aux sources est nécessaire pour mesurer à quel point l’importance que lui confère l’Islam est justifiée, et pour mieux cerner l’homme et son parcours, dont voici le récit tel que la tradition sunnite l'approuve :

La conversion d’Ali

Abû El-Hassan ‘Alî ben Abî Talib, fils d’Abu Talib, l’oncle paternel de Muhammad (PBSL), est né à la Mecque en l’an 600, soit dix ans avant que le prophète de Dieu ne reçoive la révélation coranique. Dès qu’Ali atteint sa sixième année, Muhammad (PBSL), alors âgé de trente années, et marié avec la pieuse Khadidja, décida d’élever Ali au sein de sa propre famille, comme son propre fils, afin d’alléger financièrement son oncle et conformément à une pratique courante dans l’Arabie de l’époque. De plus, Abu Talib ayant contribué à élever le prophète de Dieu (PBSL) quand ce dernier été enfant, du fait de la mort de ses parents, Muhammad (PBSL) se sentait redevable envers son oncle pour cet acte de bonté à son égard.

Ali fut donc élevé dans une atmosphère familiale propre pour révéler sa grande piété et son sens aigu de la justice. Ainsi, lorsque Muhammad (PBSL), âgé de quarante années, reçut la visite de Gabriel venu lui annoncer sa mission prophétique, Ali, atteignant seulement son dixième printemps, n’hésita pas une seconde et embrassa l’Islam.

Cet évènement eu lieu après qu’Ali surprenne son oncle et son épouse en pleine prosternation, le front posé sur le sol, célébrant les louanges de Dieu. Ali n’avait alors jamais vu quelqu’un prier de cette façon, aussi demanda t’il à Muhammad (PBSL) de lui expliquer le sens de ces gestes.

Son oncle lui répondit alors : « Nous adorons Allah, le Dieu Unique. Je te conseille d’en faire de même, et de ne jamais te prosterner devant Allat et Al Uzza, ou toute autre idole ».
« Mais je n’ai jamais rien entendu de la sorte. Il vaudrait mieux que j’en parle à mon père et qu’ensuite je te tienne au courant ».
« Non, tu ne peux en parler à personne pour l’instant. Réfléchis par toi-même à ce qui est juste ou non, et prend la décision qui s’imposera ».

Ali réfléchi alors à la décision, et le lendemain, il prononça l’attestation de foi en Dieu et son prophète et devint ainsi le plus jeune musulman à embrasser l’Islam.

Le lieutenant du prophète de Dieu (PBSL)

En adhérant à l’Islam, Ali ne savait pas encore le rôle important qu’il jouerait par la suite dans l’expansion et la sauvegarde de la religion de Dieu. Son courage et sa foi, allait de même grandir d’une manière quasi exponentielle, lui permettant de se révéler au monde comme le bras droit personnel de Muhammad (PBSL), celui sur lequel le prophète de Dieu (PBSL) pourrait compter par-dessus tout.

L’amour qu’éprouvé Ali envers son oncle Muhammad (PBSL) été tellement grand, qu’il était près à sacrifier sa vie pour lui. La tradition rapporte que lorsque les Qurayshites projetèrent de tuer le prophète de Dieu (PBSL), en le poignardant dans son lit pendant son sommeil, Ali du haut de ses 10 ans prit volontairement la place de son oncle pour le protéger et lui permettre de quitter la ville.

Le plan fonctionna à merveille, et les assassins ne reconnurent le jeune garçon qu’au dernier moment en soulevant les draps qui masquaient le visage d’Ali. La sérénité dont il faisait preuve au moment où il aurait du trouver la mort contribua à faire renoncer les Qurayshites à toute forme de vengeance à son encontre, malgré le fait qu’ils venaient d’être dupés et humiliés par un enfant de quelques dizaines d’années seulement.

 

(1) Le mot Imam n’a pas la même signification pour les Chiites et les Sunnites : chez les Chiites, il a une fonction de guide spirituel "impeccable", possédant un pouvoir ésotérique « S’ir » qu’il transmet à son successeur. Alors que chez les Sunnites le terme désigne simplement la personne qui dirige la prière.

Un fier guerrier

Ali, qui était parmi les musulmans les plus courageux qui entourèrent le prophète de Dieu (PBSL), participa à la quasi-totalité des batailles menés par ce dernier, à l’exception de la bataille de Tabuk en Syrie, en l’an 9 de l’Hégire.

Pendant cette dernière, le prophète de Dieu (PBSL) avait alors demandé à Ali de rester à Médine pour gérer ses affaires personnels en son absence. De nombreux hypocrites prirent se prétexte pour fustiger le cousin du prophète (PBSL) et invoquer un soi-disant manque de confiance de Muhammad (PBSL) vis-à-vis de son cousin, qu’il ne souhaite pas avoir à ses côtés à Tabuk.

Entendant cela, le prophète de Dieu (PBSL) rassura Ali par ces paroles : « Oh Ali, ne veux-tu pas avoir avec moi la même relation qui unissait Moïse à Aaron. », ce qui eut pour effet de faire taire les ragots sur la personne d’Ali.

Dans les batailles de Badr et d’Uhud notamment, Ali se distingua par un courage et une ardeur au combat qui faisaient littéralement frémir de peur ses adversaires. D’une adresse sans pareil, il maniait le sabre avec dextérité, ne reculant jamais devant ses adversaires. C’est d’ailleurs au cours de la bataille d’Uhud que Muhammad, après avoir confié son sabre personnel, Dhû’l-fikar (2), à Ali et voyant ce dernier tailler en pièce littéralement tout ses opposants, s’exclama :Il n'y a pas de sabre comme Dhû'l-fikar, et il n'y a pas de héros comme ‘Alî (rapporté par Tabari).

Un autre témoignage, s’il en était encore nécessaire, de la bravoure d’Ali face à l’ennemi, eut lieu lors de la bataille de la tranchée, en l’an 5 de l’Hégire. En effet, Abdwoud, un guerrier connu dans toute l’Arabie pour sa force et son maniement de l’épée, franchit le fossé creusé tout autour de Médine par les musulmans. Ali entrepris alors de défier son ennemi, en se jetant sur lui. Il le fit tomber de cheval et le tua d’un seul coup, lui tranchant la nuque d’un coup d’épée.

La tradition rapporte que lors de la prise des places fortes juives à Khaybar (3), Ali joua le rôle le plus important dans la prise de la principale forteresse, dénommée Na’im. L’armée du prophète de Dieu (PBSL) ne sortait jamais sans l’étendard symbolisant l’attestation de ceux qui la conduisent, à la religion de Dieu. Pour mener à bien l’attaque contre le fortin, Muhammad (PBSL) confia d’abord l’étendard à Abu Bakr, qui lança aussitôt une attaque. Celle-ci se solda par un échec, et Abu Bakr du battre en retraite. Ensuite, l’étendard fut remis à Umar, qui échoua à son tour à faire tomber les murs de la forteresse.

Puis, un groupe compact de guerriers juifs sortirent de la forteresse, pour attaquer les musulmans. Un combat féroce s’engagea, mais les musulmans allaient avoir le dessous. Aussi, les musulmans se replièrent, et les juifs retournèrent se réfugier dans leur fort.

On rapporte que Muhammad (PBSL) s’adressa alors à ses troupes en ses termes :

« Demain, je donnerai l’étendard à un homme aimé de Dieu et de Son Prophète. C’est par son entreprise que Dieu ouvrira les fortins ».

Le lendemain, le prophète offrit l’étendard à Ali, ce dernier hésita car il se plaignait d’un mal des yeux, lui empêchant, comme il le disait alors, de « distinguer une vallée d’une montagne ». Le prophète (PBSL) le guérit par un miracle en crachant (4) dans ses yeux et lui tendit l’étendard.

Ali conduit alors un groupe de musulmans à l’assaut du fort. L’un des chefs juifs, Al-Hârith, sortit à la tête d’un groupe armée. Ali fondit alors sur Al-Hârith et le tua en combat singulier. Les juifs se replièrent dans leur fortin et se barricadèrent à l’intérieur de ce dernier. Puis le frère d’Al-Hârith, Marhab, sortit à son tour afin de défier un musulman en combat singulier. Un musulman du nom de Muhammad Ibn Maslama se proposa alors, souhaitant venger la mort de son frère tué par son adversaire le jour précédent. Après une bataille farouche et acharnée entre les deux adversaires, Muhammad pris le dessus et trancha les jambes du guerrier, le laissant agoniser, jusqu’à ce qu’Ali lui tranche la tête.

On raconte que d’autres chefs juifs sortirent les uns après les autres pour défier les musulmans, mais à chaque fois, un guerrier musulman finissait par gagner le combat singulier. Ce fut d’ailleurs Ali qui remporta les victoires les plus éclatantes, allant jusqu’à tuer un colosse Juif du nom de ‘Âmir, protégé intégralement par son armure de fer. Lorsque ce dernier mordit la poussière, les musulmans purent enfin entrer dans la forteresse, cette prise étant ainsi en quasi-totalité due au courage dont fit preuve Ali et son armée, malgré la difficulté de l’entreprise.

Le gendre du prophète de Dieu

Ali depuis sa plus tendre enfance, éprouvé une forte attirance pour Fatima, la fille du prophète (PBSL). Lorsqu’il apprit que cette dernière venait de refuser deux prétendants, il décida de prendre son courage à deux mains et de porter lui-même sa requête auprès de Muhammad (PBSL). Ali étant très timide pour ce genre de démarche, sa langue se bloqua au moment de s’adresser au prophète (PBSL), qui dut lui-même faire avouer son cousin sur les raisons de sa venue.

Muhammad (PBSL) accepta de bon cœur de donner sa fille à celui pour qui il avait une grande estime, et qu’il considéré comme un musulman des plus exemplaires. Fatima de même n’opposa aucune objection, et les deux mariés purent s’installer dans la maison d’Ali à Médine, non sans avoir emporté avec eux les quelques présents offert par le prophète de Dieu (PBSL), à savoir un lit de bois, un coussin rempli de fibres de palme, une couverture et une peau de mouton, quelques ustensiles de cuisines et une meule pour le grain.

On rapporte qu’un jour Ali voulut prendre comme deuxième épouse, la fille d’Abu Jahl (5), car elle lui plaisait. Mais lorsque cette nouvelle arriva aux oreilles de Fatima, cette dernière en fut profondément affectée et alla de ce fait se plaindre auprès de son père. Le prophète (PBSL) se rendit immédiatement à la mosquée et manifesta son objection en s’adressant aux fidèles en ses termes :

« Oh braves gens, Fatima est une denrée très chère à mes yeux. Il m’est parvenu que la famille fils de Hicham, famille d’Abi Djahl veulent marier leur fille à Ali fils de Abu Talib. Je ne leur permettrez pas cela, mais si c’est ce que désire Ali, qu’il répudie ma fille et qu’il épouse la leur. Je ne puis rendre licite ce qui est illicite et réciproquement ». (rapporté par Al Boukhari et Muslim)

Ali, apprenant la peine qu’il avait causé à sa femme et à son oncle, couru chez lui demander pardon à son épouse, et lui promit de ne plus jamais se marier avec aucune autre femme tant qu’elle serait avec lui.

 

(2) Les arabes avait pour habitude de donner des noms à leurs sabres, certains de ces derniers, utilisés par le prophète, seraient conservés de nos jours dans des musées.
(3) Située à 150 km de Médine, Khaybar fit alliance avec la Mecque Quraychite et s’opposa ainsi au prophète (PBSL) qui finit par l’envahir et expulser ses habitants après la fameuse bataille de la tranché.
(4) Maints témoignages de la tradition accordent une vertu miraculeuse à la salive du prophète (PBSL) et plusieurs de ces compagnons guérirent par cette dernière.
(5) Pour Muhammad (PBSL), il était hors de question que sa propre fille partage son toit avec la fille d’un des plus grands ennemis de l’Islam.

Le dernier calife guidé

La tâche dont hérita Ali à l'amorce de son califat ne fût pas aisée. L’empire musulman résultant du califat d’Uthman était sujet à de multiples tensions politiques nées de l’assassinat de ce dernier et l’émergence de groupes anarchistes qui rejetaient violemment toute autorité califale, menaçant l’existence même de l’empire musulman. C’est dans ce contexte que le gendre et cousin du prophète (PBSL) aborda son califat qui durera cinq années.

Après la mort d’Uthman, lâchement assassiné en pleine prière, il fallait désormais trouver un successeur pour assurer le poste de Calife pour les musulmans « Khalifa al muslimin ».

On raconte que la situation à Médine était tellement critique que trouver un successeur à Uthman devenait une priorité absolue. De plus les émeutiers tenaient la ville, et personne des habitants de Médine n’osait s’aventurer en dehors de son foyer, par peur de représailles. Dans ce contexte, les Médinois empressèrent Ali d’accepter le califat, sachant pertinemment qu’une personne comme lui saurait mieux gérer la crise actuelle. Devant l’insistance de ses partisans et des anciens compagnons du prophète (PBSL), Ali fini par accepter la mission, et se rendit à la mosquée afin de prêter allégeance, devant une assemblée composée des principaux grands compagnons du prophète Muhammad (PBSL). Ces derniers n’omirent pour la plupart aucune objection, et Ali put ainsi accéder à la direction de la communauté des croyants. Seuls quelques hommes parmi les Ansars, ne prêtèrent pas allégeance au nouveau calife.

Lors de son premier discours, Ali réuni la communauté des musulmans et leur énonça de nouveau les principaux commandements de l’Islam ; sur un ton ferme il les exhorta de respecter l’espace sacré situé autour de la Kaaba, de ne point blesser physiquement ou moralement son frère en religion, de se tenir éloigné du mal. Il insista sur le fait que chacun devra comparaître devant Dieu le jour du jugement dernier et aura à répondre de tout ses actes.

Juger les meurtriers d’Uthman, telle était maintenant la première tâche qu’il incombait au nouveau calife. Pourtant, ce dernier demanda un délai aux médinois, car les émeutiers étaient toujours en position de force au sein de la ville. Cette réponse ne satisfit pas tout le monde, et beaucoup furent ceux qui pensèrent qu’Ali tentait de s’affranchir de ce problème.

Les émeutiers, de leur côté, savaient pertinemment que si la situation au sein de Médine redevenait calme, ils seraient exécutés pour leur participation au meurtre d’Uthman. Ils s’attelèrent donc aussitôt à monter les uns contre les autres les différents chefs des tribus de Médine, afin que la situation actuelle perdure.

Devant le caractère particulièrement complexe de la situation à laquelle il devait faire face, Ali décida d’attendre pour obtenir le soutien unanime de tout les officiers et chefs politiques de Médine, avant de châtier les responsables du meurtre de l'ancien calife.

Aussi, afin de combattre le mal à sa source, Ali décida de se débarrasser de la totalité des gouverneurs nommés par Uthman, et qui avaient abusés de la confiance de ce dernier, en commettant toute sorte d’excès. Ce qui avait abouti selon lui à la crise actuelle.
Malgré la désapprobation de ces deux amis, Ibn Abbas et Mughira bin Shaaba, qui craignaient une rébellion des gouverneurs, Ali mit son plan a exécution.

Les nouveaux gouverneurs nommés par Ali obtinrent un accueil mitigé dans les diverses provinces ou ils furent installés. Parmi la population résidente, certains étaient pour venger la mort d’Uthman, et d’autre était pour l’acquittement des meurtriers. Certains gouverneurs ne furent pas acceptés par la population, et d’autres encore trouvèrent les caisses du trésor public vide à leur arrivée en fonction. Le gouverneur de Kufa refusa dans un premier temps de céder son titre au nouveau gouverneur nommé par Ali, mais devant la menace de ce dernier de réprimer toute forme de rébellion, il finit pas céder.

En revanche, le gouverneur de Syrie, Muawya, resta fermement attacher à son poste, malgré la menace de représailles d’Ali. Le messager qu’il envoya auprès d'Ali, lui expliqua que tant que la mort d’Uthman ne sera pas vengé, lui et ses partisans ne se soumettraient pas à son autorité.

Ali comprit alors qu’il devrait bientôt mener une rude bataille contre les Syriens, s’il souhaitait faire entendre son autorité sur l’empire musulman. Son fils aîné Al Hassan (6) eut beau essayé de le raisonner, Ali maintint sa décision. Une guerre allait bientôt se déclencher entre les deux parties.

L’opposition d’Aicha

Après la mort du prophète de Dieu (PBSL), sa femme Aicha continua a bénéficier du respect du à son rang de « Oum Al Mouminin » (Mère des croyants), parmi les habitants de Médine.

Elle apprit la mort d’Uthman, en revenant d’un pèlerinage effectué à la Mecque. Profondément choquée par l’attentat dont on avait fait preuve sur la personne du calife, elle retourna à la Mecque, s’adressa devant une large assemblée et l'appela à la vengeance de la mort d’Uthman. De nombreuses personnes se trouvèrent alors volontaires, dont Talha et Zubair (7), qui revenaient de Médine. Ces deux derniers conseillèrent alors Aicha de se rendre à Bassorah, où elles pourraient trouver plus de soutien à sa cause.

Aicha partit donc pour Bassorah, accompagné de près de 3000 hommes en armes. Deux messagers envoyés par le gouverneur de Bassorah s’entretirent avec Talha et Zubair. Ces derniers expliquèrent qu’Ali n’était pas digne d’être calife du fait qu’il n’avait pas vengé ou autorisé à venger la mort d’Uthman, et que leurs serments d’allégeance furent obtenu par la force.

Le gouverneur, une fois au courant des desseins d’Aicha, décida de s’opposer à elle jusqu’à l’arrivée d’Ali, restant ainsi fidèle au calife régnant. Son armée sortit donc de Bassorah, prête à affronter celle dirigée par Aicha.

Aicha, pour justifier sa venue et son combat, s’adressa à l’armée adverse, en dénonçant la lâcheté dont firent preuves les assassins d’Uthman, et combien il était important de le venger. Ceci eut pour effet de convaincre une partie de l’armée du gouverneur, qui se rangea à ses côtés.

La tradition rapporte que la bataille qui s’engagea ensuite dura pendant une journée entière, pour qu’enfin, le lendemain midi, une trêve soit proclamée. Après un accord entre Aicha et le gouverneur, il fut convenu d’envoyer un messager à Médine, afin que ce dernier rapporte si l’allégeance de Talha et Zubair fut obtenu par la force ou non. Si cela s’avérait exact, le gouverneur devrait démissionner de sa fonction et remettre Bassorah entre les mains d’Aicha ; Dans le cas contraire, cette dernière devait quitter Bassorah avec son armée.

Lorsque le juge de Bassorah, envoyé à Médine pour récupérer les témoignages des croyants, eu confirmé la pression que subirent Talha et Zubair pour prêter allégeance à Ali, le peuple de Bassorah demanda au gouverneur de tenir sa parole et d’abandonner son siège. Ce dernier refusa, ayant reçu une missive d’Ali lui ordonnant de rester en place.

Le 4 du mois de Rabi-ul-Akhir, en l’an 36 de l’Hégire, l’armée d’Aicha pénétra par la force dans la ville de Bassorah, et captura le gouverneur.

Un climat de terreur s’installa pendant quelque temps dans la ville de Bassorah. Beaucoup de gens étaient interrogés, et exécutés s’ils étaient soupçonnés d’avoir participé au soulèvement ayant aboutit au meurtre d’Uthman.

Par la suite, Aicha, Talha et Zubair envoyèrent une missive à l’intention des différentes provinces du royaume, leur annonçant entre autres l’élimination de tout les traîtres habitant Bassorah.

Sachant pertinemment qu’il devrait affronter Aicha, Ali décida de laisser tomber son expédition contre Muawya, le gouverneur de Syrie, et de se concentrer sur la mobilisation d’une armée suffisamment puissante pour combattre l’ancienne épouse du prophète de Dieu (PBSL).

Parmi les compagnons qu’il appela au combat, la quasi-totalité refusèrent, exprimant du dégoût à la simple idée de devoir affronter d’autres musulmans. On rapporte que parmi ces derniers, Saad bin Waqqas s’adressa à Ali ainsi : « Ô commandant des croyants, je veux une épée qui sépare les musulmans des non musulmans. Si tu me donnes cette épée, je combattrai à tes côtés. Si tu n‘as pas cette épée, je te prie de m‘excuser ».

 

(6) Ali eut deux enfants de Fatima la fille du prophète (PBSL), Al Hassan l’aîné et Al Hussein. Le premier fût empoisonné par sa femme en 670 et le deuxième mourut en martyr à Kerbala en Iraq en 680 par les mains de l’armée de Mouawiya. Leur fin tragique est considérée comme un des actes fondateurs de l’Islam chiite (partisan), qui commémore chaque année leur deuil.
(7) Deux anciens compagnons du prophète (PBSL) qui avaient expressément appelé à la vengeance du meurtre du calife, mais leur requête été restée vaine auprès d’Ali.

La bataille du chameau

Une fois arrivé à Bassorah, Ali entama une série de négociations avec Talha et Zubair, afin de trouver une issue pacifique à la crise. A la suite de longues discussions de plusieurs jours, un accord de paix pouvait bientôt être signé, car Ali s’était engagé à réprimer l’assassinat d’Uthman, contre une promesse de la part d’Aicha, Talha, Zubair et de leurs hommes de lui rester fidèle et de le reconnaître comme calife.

Or, les rangs d’Ali comptés parmi eux Abdullah bin Saba, qui avaient été un des principaux investigateurs des émeutes qui avaient abouti à l’assassinat d’Uthman. Craignant d’être tué en cas de réconciliation, Abdullah bin Saba et ses compagnons décidèrent de lancer une attaque surprise de nuit contre l’armée d’Aicha, ce qui déclencha le début des hostilités entre les deux camps. La tradition retiendra cet affrontement sous le nom de : Bataille du Chameaux (8).

Au cours de la bataille, qui fut particulièrement acharnée et sanglante, plus d’une soixantaine des hommes d’Aicha moururent en essayant de protéger son chameau. L’affrontement tourna rapidement à un véritable carnage, qui allait se solder par un bilan lourd de presque 10 milles musulmans tués y compris Talha. Afin de mettre un terme à ce conflit fratricide, Ali ordonna de couper les pattes arrières du chameau d’Aicha. La bête s’écroula aussitôt et Aicha fut obligée de sortir de sa litière.

On raconte que malgré la furieuse bataille qu’ils venaient de livrer, Ali et Aicha en restèrent là (les liens du sang étant trop fort entre eux) et se séparèrent sans qu'aucun parti n’ait pris le dessus sur l'autre ; de même chaque combattant pu repartir chez lui avec ses biens, en toute quiétude. Seule la sensation d’avoir commis un affreux gâchis hantait à présent les esprits de chacun et tous retournèrent chez eux honteux des évènements qui venaient de se dérouler.

Ali, malgré l’acte de rébellion dont avait fait preuve les habitants de Bassorah à son égard, décida d’amnistier la ville. Il rappela également aux musulmans leur devoir d’unité et de respect vis-à-vis des commandements de Dieu.

Le calife décida également de nommer Kufa comme nouvelle capitale de l’empire, car c’était une ville riche, qui lui permettrait de disposer de suffisamment de ressources en hommes et armes pour la future campagne qu’Ali devrait sûrement mener en Syrie. En effet, Muawiya était à présent le seul gouverneur à ne pas encore avoir prêté allégeance au calife Ali.

La campagne de Syrie

Muawiya avait été nommé gouverneur par le précédent calife Umar Ibn Al Kattab, et bénéficiait d’un grand prestige au sein de la contrée qu’il administrait. Quand Uthman fut assassiné, Muawiya ne put accepter l’opinion d’Ali de laisser le meurtre d’Uthman sans vengeance immédiate. Il bénéficiait également du soutien du gouverneur d’Egypte, Amr Ibn Al as, qui souhaitait lui aussi la démission d’Ali si ce dernier persistait à ne pas vouloir venger expressément la mort d’Uthman, et qu’ensuite le peuple choisisse lui-même son calife par vote. Certains parmi les musulmans pensèrent alors que ce désir de vengeance masquait en fait une volonté de Muawiya de s’approprier le califat suite à une probable éviction d’Ali, mais Muawiya nia les faits.

Malgré plusieurs messagers envoyés de part et d’autre par Ali et Muawiya, pendant une période de plusieurs semaines, une alternative à la guerre ne put être évité, Ali étant finalement accusé par Muawiya et ses partisans de couvrir le meurtre du précédent calife Uthman.

La bataille eu donc lieu à Siffin, et commença le premier jour du Mois de Saffar, en l’an 37 de l’Hégire. Elle fut particulièrement violente, Ali et Muawiya étant tout deux de fiers combattants, refusant de se replier sans avantage décisif sur l’ennemi. Toutefois, Ali sembla à un moment prendre le dessus, et Muawiya décida alors d’employer un stratagème afin de faire stopper la bataille à son avantage.

Il demande à ce que des corans soient placés à l’extrémité des lances de ces soldats, et il s’adressa lui et son armée à celle d’Ali en ses termes :

«Voici le livre d’Allah, le Tout-Puissant, criaient-ils. Il décidera entre nous. Si nous partons, qui défendra les frontières à l’Ouest ? Si vous partez, qui défendra les frontières de l’Est ? » Ali eu beau essayer de faire comprendre à ses hommes qu’ils s’agissait d’un piège, ces derniers refusèrent de poursuivre le combat, prétextant être appelés au nom du livre de Dieu, et ordonnèrent même au calife de proclamer le cessé le feu, sans quoi il subirait le même sort qu’Uthman.

C’est donc un Ali désespéré qui ordonna à ses troupes de se replier, pour ensuite retrouver Muawiya afin de discuter l’arrangement que ce dernier souhaité faire au nom du Livre de Dieu.

Muawiya proposa que deux juges, chacun issu d’un camp différent soit nommé, afin de trancher sur la solution à apporter au différent qui oppose Ali à Muawiya. Ali accepta à contrecoeur, et les juges avaient désormais jusqu’au mois de Ramadan pour trouver une issu finale au problème qui avait déjà fait tant de victimes parmi les musulmans. Rien que la dernière bataille avait déjà coûté la vie à une dizaines de milliers d'hommes.

 

(8) Car pendant cette bataille une soixantaine de musulmans du clan de Aicha sacrifièrent leur vie pour défendre le chameaux qui la portait.

Le pouvoir d’Ali s’affaiblit

Dans l’armée conduite par Ali, beaucoup furent ceux qui refusèrent l’accord conclu entre le calife et Muawiya, qu’il considérait comme défavorable envers Ali et même irréligieux.

De plus, dans toutes les provinces sous le contrôle du calife, la population se divisa également entre les partisans d’un accord avec Muawiya et ceux regrettant que l’armée n’est pas écrasée le gouverneur de Syrie.

Enfin, Kufa, la toute jeune capitale de l’empire vit se créer une nouvelle fraction du nom de Kharidjites (9). Ce groupe se déclara aussitôt indépendant de l’autorité du calife, et dirigé par un musulman du nom de Shith bin Rabi. Pour ces derniers, seul Dieu doit être obéi, et Ali autant que Muawiya étant dans l’erreur, leur autorité n’a donc plus de valeur.

Ali eu beau essayer de raisonner ses hommes, leur assurant que le jugement rendu par les deux juges serait en conformité avec le Livre d’Allah, ces derniers restèrent cependant dans un grand doute concernant le peu d’autorité dont jouissait maintenant le calife sur son empire. Le fait aussi que beaucoup de musulmans soient mort pour rien augmentait la colère au sein du peuple.

Après les six mois de délibération, les juges se rencontrèrent en un lieu neutre à Doumat al Jandal (10), et décidèrent d’un commun accord qu’il était de leur devoir de nommer un nouveau calife, en remplacement d’Ali devenu trop impopulaire au sein de son royaume. Ils se mirent également d’accord sur le fait que Muawiya ne pouvait également être nommé pour le califat.

Le juge envoyé par Ali, Abou Moussa, s’adressa à la foule pour proclamer la décision de retirer le califat à Ali et d’en proclamer un nouveau hormis Muawiya. Le juge envoyé par Muawiya, Amr bin Aas s’adressa ensuite à la foule en proclamant également l’éviction d’Ali, mais ajouta, en violation avec sa parole antérieure, que Muawiya pouvait très bien être calife. Se rendant compte qu’ils venaient d’être bernés, les partisans d’Ali s’en allèrent, non sans montrer leur mécontentement, fort déçus par le manque d’honnêteté dont venait de faire preuve Muawiya et son juge.

Ali du reconnaître que Muawiya n’avait nullement eu le souhait de juger selon le Livre de Dieu, et qu’il s’était fait berner la trêve négociée lors de la bataille de Siffin.

A partir de là, la branche des kharijiites se renforça et s’installa à Nehrwân. Ils admettaient uniquement l’autorité de Dieu, en refusant toute allégeance à un calife (11). Ali, devant l’impossibilité de leur faire entendre raison pacifiquement, du mater lui–même la rébellion de ces dissidents au cours de la bataille de Nehrwân. Cependant leur influence continua à se répandre dans le royaume.

Destituer Muawiya était la principale priorité d’Ali. Pourtant, du fait de son autorité déclinante, il dut se rendre à l’évidence qu’il ne pourrait jamais réunir suffisamment d’hommes pour le vaincre. Pendant ce temps, Muawiya à la tête d’une armée de plus d’une dizaine de milliers d’hommes, avait réussi à s’emparer aisément de l’Egypte, grâce au ralliement d’une partie des habitants de la province égyptienne de Khartba.

Peu de temps après, les provinces du Hijaz furent aussi récupérés par Muawiya, qui réussit même à obtenir de son messager, un homme cruel du nom de Bisr, l’allégeance de la population de Médine et de la Mecque. Bisr se rendit ensuite au Yémen, et massacra de nombreux partisans d’Ali. Le calife était maintenant en danger sur ses propres terres.

Mort d’un héros et naissance du mouvement Chiite

Après la guerre qui opposa les partisans d’Ali et ceux de Muawiya, et les événements qui s’en suivirent, Ali commença à se rendre compte qu’il avait été mis en défaut sur le terrain politique, pris du recul et se résigna à l’arbitrage populaire des musulmans.

Peu de temps avant de mourir, il leur déclara « Je ne vous ordonne rien, je ne vous interdis pas non plus de choisir qui vous voulez ».

De leur coté, les kharijis souhaitaient plus que jamais que les problèmes au sein du califat perdurent. Ils se moquaient ouvertement d’Ali, de Muawiya et de son second Amr bin Aas, qui pour eux ne valaient guère mieux. Ils montèrent ainsi un plan qui devait aboutir à l’assassinat des trois hommes le même jour, au moment où ces derniers se rendraient à la prière de l’aube.

Or, Dieu voulut que seul Ali n’échappe pas à la tentative d’assassinat dont il fut l’objet, Muawiya parvenant à s’échapper de justesse avec une légère blessure, et Amr bin Aas restant au lit ce jour là pour cause de maladie.

La tradition rapporte que le vendredi 19 du mois de Ramadan de l'an 41 de l'Hégire (661 après JC), Ali se rendit à la mosquée de Kufa pour accomplir la prière matinale. Alors qu’il demandait aux fidèles rassemblés dans la mosquée de se préparer pour la prière, un homme se jeta sur lui et le blessa par son épée, avant que Abderrahman Ibn Mouljam (12), ne lui porte le coup mortel.

On raconte qu'Ali, saignant abondamment, eu le temps de murmurer l’ordre de ne pas tuer Ibn Mouljam, souhaitant le juger lui-même s’il parvenait à guérir.

Mais, l’état d’Ali empira, et pressentant sa fin proche, il sollicita aussitôt ses fils Hassan et Hussein, et leur fit ses dernières recommandations avant de partir vers la dernière demeure.

On relate qu’Ali s’adressa à ses fils en ses termes : « Voici mes derniers conseils : Craignez Allah et ne courrez jamais après ce monde. Ne sollicitez jamais une chose hors de votre portée. Soyez toujours véridique, clément et serviable. Arrêtez la main de l’oppresseur et aidez l’oppressé. Suivez les commandements du Coran sans prêter attention aux dires des autres ».

Quand les partisans d’Ali demandèrent s'ils devaient prêter allégeance à son fils aîné Al Hassan, ce dernier leur laissa le choix, ne voulant probablement plus se mêler de la politique.

Ali rendit l'âme le matin du 21 Ramadan de l'an 661, et alors qu’il rendait son dernier souffle, il répéta ces derniers versets du Coran, comme pour rappeler à ses bourreaux tout ce qu’il avait fait pour l’Islam, et tout le mal qu’on lui avait fait en retour :

7. Quiconque fait un bien fût-ce du poids d'un atome, le verra,
8. et quiconque fait un mal fût-ce du poids d'un atome, le verra.


Sourate 99 : AZ-ZALZALAH (LA SECOUSSE)

Après l’assassinat d’Ali, une partie de la communauté de ses fidèles et partisans, qui réclamaient depuis 25 ans la préséance légitime de ce dernier au poste de calife, vit en la personne d' Al Hassan, le fils aîné du défunt calife, un successeur légitime. Pour eux, le calife doit provenir systématiquement d’un membres de la sainte famille du prophète Muhammad « Ahl Al Bayte ».

Cet évènement abouti donc à la première scission de l’Islam, avec d’un côté les Chiites partisans d’Ali, et les Sunnites, qui ne voyaient en Ali que le quatrième calife. Aussi, après la nomination de Muawiya comme successeur au califat, suite au serment d’allégeance formulé par Hassan à son égard, les sunnites finirent par se joindre au clan de Muawiya. Ce dernier allait être à l’origine d’une longue dynastie de califes : les Omeyyades, qui conservèrent le califat jusqu’en 750. Par la suite ils furent remplacés par la dynastie des Abbassides.

Le désaccord politique entre Chiites et Sunnites allait s’aggraver pour être à l’origine de plusieurs affrontements entre les deux parties, dont les sunnites sortiraient définitivement vainqueurs puisqu’ils représentent de nos jours plus de 90% de la population musulmane.

Auteur: Souhayl.A & Lionel.J
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(9) Il s’agit d’un groupe de dissidents, qui représentent moins de 1% des musulmans, et dont une infime partie persiste encore au Maghreb.
(10) Ville ancienne située en actuelle Arabie Saoudite, historiquement connue pour être une ville caravanière et par son rempart nabatéen. Elle est également citée dans les annales égyptiennes et dans la Bible.
(11) Selon le dogme Kharijiite, toute forme d’allégeance à un humain est considéré comme « culte de la personnalité » et ceux qui la pratiquent méritent la mort.
(12) Les deux hommes furent chargés par les kharijites d’assassiner le calife Ali.