Les hadiths sont les paroles et gestes du prophète Muhammad (PBSL), rapportés par ses compagnons, alors témoins oculaires des événements de sa vie.
Considéré comme un modèle parfait du croyant, Muhammad était copié dans ses moindres faits et gestes par ses compagnons, et de nombreux musulmans de nos jours continuent à faire de même. Ce lien direct que maintient la Oumma (1) avec son prophète est due en grande partie aux recueils de Hadiths sur la personne de Muhammad, qui nous sont arrivés par différentes sources.
Plus d'une centaine de milliers de hadiths a ainsi été transmis de père en fils à travers les différentes générations, avant d'être fixés par écrit vers le XIIème siècle, pour constituer tout un pilier de la foi musulmane appelé « tradition prophétique ». ( Sunaat a Nab'i )
Le prophète de Dieu (PBSL) est le dépositaire de la parole Divine, cette dernière lui étant transmise directement par "révélation". Ainsi de son vivant, il était le mieux placé pour livrer à sa communauté l’exégèse parfaite du Coran, et le plus apte à saisir les différents aspects de la révélation coranique.
Le Coran est en effet un Livre à caractère universel, et ne peut donc de ce fait prévoir toutes les situations spécifiques à une époque à un cas bien précis. De ce fait, les explications du prophète de Dieu (PBSL) furent une source précieuse pour nombre de musulmans s'étant trouvés face à un problème dont le Coran ne pouvait donner une solution explicite.
De même, les hadiths permettent encore de nos jours aux musulmans d'être capable de réfléchir par rapport à la licité ou l'illicité de telle ou telle chose de la vie quotidienne. Les hadiths permirent également de poser les bases fondamentales du Fiqh (jurisprudence musulmane).
Les compagnons ayant rapportés les paroles du prophète de Dieu, sont : Ali ibn abi Tâlib, Abu-d-Dardâ', Abû Sa'id al Khudri, Ibn 'Abbas, Ibn 'Omar, AbdAllah ibn Mas'ûd, Mu'adh ibn Jabâl, Anas ibn Mâlik et Abû Hurayra et bien d'autres compagnons.
Parmi les recueils d'hadiths les plus connus, on compte celui de l'Imam An-Nawani, qui dressent à travers quarante paroles du prophète Muhammad (PBSL) rapportées et authentifiées, les bases fondamentales de la religion, de sa pratique, et du comportement à adopter. Ces hadiths sont d'ailleurs souvent utilisés par les imams lors des prêches du Vendredi à la Mosquée.
(1) Mot désignant la communauté musulmane, dans le Coran il peut avoir plusieurs significations comme pour désigner quelque chose de grand (grandeur) ou pour faire allusion à un « Lapsus de temps » (Idakara b’da oumma’tan).
Dans une société basée jusqu'à lors sur la tradition orale, le processus de transmission des hadiths se faisait de génération à génération, de père en fils ou de maître à élève. Les premiers savants musulmans ayant eu pour tâche d’authentifier ces paroles ont ainsi d'abord vérifié la chaîne de leur transmission, en menant une enquête rigoureuse sur la personnalité du rapporteur. Cette démarche constituait le seul moyen de s’assurer de la véracité de la parole prophétique.
Pour qu’un rapporteur soit considéré comme digne de confiance et ses hadiths comme étant ; "Authentiques" (Sahih), il fallait tout d’abord mesurer son degré de piété, son intelligence et son aura spirituel auprès de sa communauté. La position géographique est aussi un élément non négligeable à prendre en compte.
Parmi les savants ayant recensés un grand nombre d'hadiths considérés comme totalement authentiques, on distingue les imams Al Boukhari et Muslim.
Il classèrent les hadiths suivant 4 catégories en tenant compte du degré de leur authenticité :
Sahih (Hadith considéré comme authentique), Hassan (considéré comme bon ou fiable), Da’if (faible) et enfin Mawdu’ (forgé). Il est à signaler que chacune de ces catégories contient également des sous-catégories.
La tradition rapporte qu’Al Boukhari avait un don exceptionnel à mémoriser les hadiths, et cela dès l’age de 10 ans. On relate également qu’il finit la mémorisation du Coran avant l’âge de 16 ans et que dans sa jeunesse il connaissait déjà par cœur soixante-dix mille hadiths du prophète.
L’intégrité, la discipline, et la rigueur de leurs méthodes sont à l’origine de la notoriété de ces deux savants.
On rapporta à propos d’Al Boukhari l’épisode suivant : Un jour il alla à la rencontre d’un homme qui était supposé connaître un hadith du prophète (PBSL). Lorsqu’il vit l’attitude de ce dernier vis-à-vis de sa chèvre (2), il rebroussa de suite chemin en s’exclamant : « Quelqu’un qui peut tromper de cette façon sa bête, peut très bien mentir au sujet du prophète Muhammad ».
La popularité d’Al Boukhari et de Muslim est à la mesure de leurs œuvres : « Sahih Al Boukhari o Mouslim » qui s’imposeront comme les livres les plus important pour les musulmans derrière le Coran.
Le recueil et la vérification de l'authenticité d'un hadith demeure encore un sujet de désaccord entre les oulémas, dans la mesure ou il persiste encore des différences de classifications entre plusieurs écoles du fiqh (3). Le caractère de Sahih d'un hadith n'étant pas souvent approuvé par toutes ces branches.
Toutefois, il arrive qu’un hadith qualifié comme « faible », se révèle utile dans la mesure où il peut éclairer une posture jusqu'à là "indéfinie" par la jurisprudence musulmane ou mettre la lumière sur un verset coranique et participer à son exégèse.
Tout en restant la deuxième source scripturaire de la Oumma, les hadiths jouent donc un rôle complémentaire important, d'éclaircissement du texte coranique. Dans leur rôle de consolidation de la jurisprudence musulmane, les hadiths ont apporté des réponses précieuses quand à la pratique religieuse, contribuant durant des siècles à l'enrichissement de la tradition islamique, mais aussi à la régulation sociale de la communauté. Cependant, si un hadith n'est pas en conformité avec : la raison, la tradition ou la foi du musulman, ce dernier n'a aucune obligation de croire en son authenticité ou d'appliquer ces enseignements. Car selon la tradition musulmane elle-même, le croyant est tenu avant tout de consulter ce que lui dicte son cœur (4) avant de solliciter l’avis des oulémas : « Istafti kalbaka o‘ wla ‘w afta’ka al muftoun’ ».
(2) L’homme essayait d’attirer la bête vers lui en simulant avoir de la nourriture sur soi.
(3) A la base la jurisprudence musulmane.
(4) Selon une doctrine ésotérique, le cœur en tant que siège de la foi, est capable par sa nature (Fitra) de distinguer le bien du mal.