« De tous les prophètes, le plus proche de moi est Jésus, fils de Marie. Il n’y a entre lui et moi aucun autre prophète ». Ces paroles, rapportées par Abû Dâoûd, témoignent du respect qu'avait le prophète (PBSL), vis-à-vis de son prédécesseur dans la lignée prophétique.
Quelle place accordent les musulmans à Jésus (Issa en arabe) ? Quelle a été sa mission ? Que dit l’Islam à propos de sa mère Marie ? Ou encore, que dit le Coran à propos de sa supposée crucifixion, ainsi que de sa résurrection ?
Si dans le dogme chrétien dominant, Jésus (PBSL) est considéré d’essence divine et faisant partie d’une Trinité de trois personnes (Le Père, le Fils, et le Saint esprit), l’Islam quant à lui, considère que Dieu est d’une transcendance inaccessible et rejette violemment la filiation divine attribuée à Jésus par les chrétiens. Cependant la tradition lui accorde une stature spirituelle immense, qui consacre son rang très élevé auprès de Dieu « Min’a Al MuQar’abin ». Ainsi dans la tradition musulmane, Jésus le Messie « Al Massih Issa » possède avec d’autres prophètes comme Abraham, Moïse ou Muhammad (PBSE), une place privilégiée. Mais du point de vue musulman et de même pour les autres prophètes, il n'a jamais été question de lui vouer un culte ou de le diviniser.
Grâce au Coran la plupart des musulmans croient sans demander de preuves à la naissance miraculeuse de Jésus par immaculée conception, l’annonce de sa naissance faite à sa mère Myriam (Marie) étant évoquée clairement dans la fameuse Sourate 3 du Coran (AL IMRAN, versets 45-47), souvent mise en comparaison avec le chapitre 2 (6-15) de l’évangile selon Luc :
Contrairement à Muhammad (PBSL), qui n’eut jamais à produire de miracles à ses compagnons pour les convaincre de sa bonne foi, du fait que le Coran constitue déjà un miracle en lui-même, le Coran enseigne que Jésus est gratifié de certains pouvoirs surnaturels, qui lui sont octroyés par Dieu, et qui lui permettent, par la permission de Dieu, d’accomplir de nombreux prodiges afin de prouver à son peuple le bien fondé de sa mission Divine.
En opposition au dogme chrétien, l’Islam réfute donc catégoriquement le concept de la Trinité, car « seul Dieu mérite l’adoration ». Le moindre culte voué à un autre que Lui étant considéré comme Idolâtrie ou Association, en Arabe « Chirq », qui est le plus grand péché en Islam.
Selon un hadith du prophète Muhammad (PBSL) « Dieu peut pardonner tout sauf qu’on lui associe une autre divinité »..
Ainsi dans la sourate 5 Al-Ma-Idah (La Table Servie), Dieu interroge lui-même Jésus et Marie, pour savoir si les deux êtres ont demandé à être associé à Dieu en place de Lui Seul.
Selon la tradition musulmane, Jésus est le dernier messager (1) envoyé au peuple d’Israël, et succède aux autres prophètes d’Israël (Coran 5,46; 57,27). Il confirme la Torah (3,50; 5,46; 61,6), supprime quelques interdits (3, 50), et surtout annonce la venue du Paraclet (2) : son successeur naturel Muhammad (PBSL) (61,6).
Ainsi, le Coran enseigne que Jésus est un prophète humain, un homme créé par Dieu à partir de rien, de la même façon qu’Adam. Le verset 59 de la sourate AL-IMRAN explique ce concept théologique dans ces termes :
Comme nous l’avons souligné plus haut, la plupart des musulmans croient sans exiger de preuves à l’aspect surnaturel qui a entouré la naissance, la mission et même la fin de Jésus. Cependant des divergences notoires distinguent le récit biblique de celui du Coran. La crucifixion et la résurrection de Jésus font ainsi parties des principaux sujets de discorde entre théologiens chrétiens et musulmans.
Nombreux furent les commentateurs qui tentèrent l’exégèse coranique des versets relatant les derniers moments de Jésus (PBSL) sur terre, mais il est fort de constater que le sens profond de ces derniers demeure encore mystérieux.
Cependant qu'ils soient sunnites ou chiites, les musulmans dans leur grande majorité approuvent le récit Coranique selon lequel, Jésus (PBSL) n’a jamais été mis à mort, ni crucifié par les hommes, mais seulement « rappelé » vers son Seigneur. Car Dieu dans sa majesté ne pourrait permettre un tel acte à l’encontre de son envoyé. Que s’est-il donc passé ? Le Coran affirme : « ... Or, ils ne l'ont ni tué ni crucifié; mais ce n'était qu'un faux semblant ! ».
Autour du mot « Faux semblant » qui veut dire aussi : un acte de "fiction" et non une réalité, en Arabe « Choubi’ha lahoum », s’est construite la principale thèse souvent avancée par les commentateurs du Coran. Ainsi pour Al Tabari il n’a jamais été question de réelle crucifixion, mais d’une crucifixion fictive, fruit d’une hallucination collective voulue par Dieu lui-même pour déjouer le stratagème des juifs et épargner à son prophète serviteur une mort humiliante.
Néanmoins ce qui reste sûr du point de vue musulman, c’est que Dieu fait goûter à Jésus l’état de mort terrestre « Ini Moutawaf’iqa », l’élève ensuite vers lui afin de purifier son âme « Mutah’irouqa » et lui assure un triomphe éternel sur les dénégateurs.
Dans la mystique musulmane, les idées de « rappel spirituel » ou d’« occultation Intemporelle » sont aussi retenues pour éclairer les croyants sur le sens caché de cette sourate.
Pour les soufis il n’y a en revanche aucun doute, l’occultation d’Issa (PBSL) est un fait qui échappe aux lois de la physique et reste quelque chose d'inappréhendable par l’homme agnostique ou "rationaliste" qui nie toute forme de "mystère". Ce passage du monde manifesté au monde "non manifesté " ou "monde indéfini" (alam al ghayb) sans subir réellement l'épreuve de la mort, n'est pas selon la Tradition un phénomène nouveau dans l'histoire de l’humanité : Enoch (en arabe Idris (PBSL), prophète cité deux fois dans le Coran), dont la tradition biblique et islamique racontent qu’il entra vivant au Paradis, en est un parfait exemple dans la mesure où il est dans le même cas que Jésus (PBSL) en ce qui concerne la fin de leur séjour sur Terre.
Enfin de part son occultation (toujours d'après l'ésotérisme islamique), Dieu assure au Messie une présence spirituelle permanente : « jusqu'au Jour de la Résurrection ». Cette présence mystique est ressentie en tant que telle par el-mutaçawif (le soufi) dans sa méditation transcendantale, et dans sa quête de l’Unicité divine qui passe par plusieurs stations spirituelles « Maqam’at », chaque station étant symbolisée par un prophète. La station de Jésus fils de Marie « Maqam Issawi » est à ce propos une des plus élevée.
La position de Jésus (PBSL) en Islam est donc sur ces points à l’opposée de la doctrine biblique qui enseigne que la mort de Jésus sur la croix, est un acte Divin (3) : « Dieu a tant aimé le monde, qu’il a envoyé son fils unique mourir sur la croix pour racheter les péchés de l’humanité au moyen du sacrifice de sa personne ».
(1) Les prophètes sont envoyés à un peuple spécifique qui s’est égaré, pour le remettre dans le droit chemin, sauf Muhammad (PBSL) qui est envoyé à l’humanité toute entière.
(2) Dans l’évangile selon Jean 16-13, Jésus annonce a ces disciples la venue imminente d’un Paraclet, en latin Paracletos (Consolateur), ou Péricletos (Le louer) qui est ni plus ni moins que la transcription étymologique du prénom Muhammad.
(3) Selon la bible Jésus (Dieu) accepte par amour pour l’homme de mourir sur la croix, afin de laver et absorber les péchés de l’humanité toute entière.
Selon une tradition eschatologique qui s'appuit sur des versets coraniques dont le sens reste sûrement ésotérique, et basée surtout sur des hadiths prophétiques, un Messie « Massih », reviendra à la fin des temps pour rétablir la religion de la vérité. Plusieurs de ces hadiths affirment qu’il s’agira bel et bien de Jésus Christ « Issa » (PBSL).
D'après Abou-Horaïra (1), le Prophète Muhammad (PBSL) a dit: "l'heure dernière ne viendra pas tant que le fils de Marie ne sera pas descendu parmi vous en qualité d'arbitre équitable, il brisera la croix, il mettra à mort le porc, il supprimera le tribut (2). Alors l'argent sera si abondant que personne ne voudra plus l'accepter". (Hadith 46.31)
On raconte aussi que Jésus jouera le rôle du sauveur des croyants, qu’il vaincra le D’ajjal (4) (l’antéchrist) et témoignera contre les chrétiens qui se sont égarés de son enseignement en le divinisant.
Ce retour sera préparé par un homme appelé le Mahdi (en arabe Le Guidé), Imam caché pour les chiites et guide spirituel suprême pour les sunnites. Cet événement n’adviendra qu’après une série d'événements et "désordres cosmiques" à caractère chaotiques qui corrompront la terre entière et la livreront aux forces du mal et aux turpitudes proférées par les hordes impies de Gog et Magog ; « Yajûj et Majûj ». Jésus (PBSL) tout comme le Mahdi adhéreront à l’Islam et remettront ainsi l’humanité sur le chemin de la Vérité, avant que Dieu n’appelle à la fin du monde (Yaoum Al Qiyama) pour juger Sa création.
La mère de Jésus (PBSL) a un statut particulièrement important en Islam. Une sourate entière du Coran, porte son nom (La sourate 19). De même que son nom est souvent associé à celui de son fils Jésus « Issa Ibn’ou Maryam (5) ».
Dans la sourate 19, le Coran témoigne de la virginité de Marie, affirme la naissance miraculeuse de Jésus par immaculée conception et innocente Marie quand les juifs l’accusèrent de débauche après son accouchement.
Un des épisodes les plus célèbres de l’Islam fut l’épisode de la conquête de la Mecque par le prophète Muhammad (PBSL) en l’an 630. On raconte qu’une fois à l’intérieur de la Kaaba, ce dernier détruisit toutes les idoles présentes dans l’enceinte sacrée pour ne laisser qu’un seul portrait de Marie et de son fils Jésus. Il le prit même dans ces mains et l’embrassa, en guise de témoignage et respect envers Issa (PBSL) et sa mère Maryam.
Marie est ainsi considérée par l’ensemble de la communauté musulmane comme une femme possédant de multiples vertus qui l'élèvent au rang de sainte : « Maryam al batul »
Ces qualités sont également mentionnées dans la sourate 3, en même temps que l’indication de sa généalogie ; descendante de la famille d’Imran.
Ainsi, Marie possède une place tellement importante en Islam, que l’on rapporta la parole suivante du prophète Muhammad (PBSL) à propos de sa fille Fatima et de Marie Mère de Jésus :
Les éminentes femmes du Paradis sont Marie, fille de Imran (Mère de Jésus); Assia, fille de Mezahem, femme de Pharaon; Khadîja, fille de Khuwaylid; et Fâtima, fille de Muhammad. (rapporté par l’imam Ahmed et El Hakem).
(4) Être maléfique qui surgira à la fin des temps pour accomplir toutes sortes de prodiges et miracles, la tradition rapporte qu’il précipitera une grande partie de l’humanité vers le chaos spirituel et la dénégation, cette dernière revenant au culte de l’idolâtrie. Il est à signaler que plusieurs commentateurs de la tradition disent que Ad’ajjal n’est ni plus ni moins que l’anté-christ de l’apocalypse. Voir également notre chronique « l'antéchrist en islam »
(5) Ce qui constitue un fait inhabituel car dans les société sémites le nom du fils est rattaché au père et nom à la mère, Jésus de part sa naissance miraculeuse constitue une exception à ce fait.
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