Job, ou la vertu de la patience

Job, ou la vertu de la patience

Job (PBSL), est un prophète de Dieu unanimement reconnu par les trois monothéismes. Si son histoire peut varier légèrement suivant la tradition qui la rapporte, la morale de cette dernière est commune. Voici le parcours du prophète Job (PBSL) « Ayoub » tel que l'Islam le conçoit :

Généalogie

Selon Ibn Ishaq (1) la généalogie de Job (PBSL) se présente ainsi : Job (PBSL) est le fils de Moussa (Moise), fils de Razeh, fils de Esau (Esaïe), fils d’Ishaq (Issac), fils d’Ibrahim (Abraham). Pour confirmer sa qualité de descendant d’Abraham la tradition se base sur les versets coraniques suivant :

83. Tel est l'argument que Nous inspirâmes à Abraham contre son peuple. Nous élevons en haut rang qui Nous voulons. Ton Seigneur est Sage et Omniscient.
84. Et Nous lui avons donné Isaac et Jacob et Nous les avons guidés tous les deux. Et Noé, Nous l'avons guidé auparavant, et parmi la descendance (d'Abraham) (ou de Noé), David, Salomon, Job, Joseph, Moïse et Aaron. Et c'est ainsi que Nous récompensons les bienfaisants.

Sourate 6 : AL-ANAM (LES BESTIAUX)

Ses qualités

A l’image des autres prophètes envoyés par Dieu, Job (PBSL) avait plusieurs qualités qui lui permirent d’être choisi par Dieu pour délivrer un message à son peuple. Parmi ses innombrables qualités on peut relever : son invocation permanente de Dieu, une générosité exemplaire ou une volonté d'autosatisfaction permanente « Kana'a ». Cependant sa principale qualité demeure sa patience légendaire face à toute épreuve.

44. Oui, Nous l'avons (Job) trouvé vraiment endurant. Quel bon serviteur ! Sans cesse il se repentait.

Sourate 38 : SAD (SAD)

La tentation de Satan

La tradition rapporte qu’un groupe d’Anges discutait à propos des créatures humaines créées par Dieu. Ces derniers faisaient état dans leur discussion de ceux parmi les humains qui éprouvaient de l’humilité et de la gratitude envers leur Seigneur, et de ceux qui faisaient preuve d’arrogance et de scélératesse à Son égard. Un Ange fit alors la remarque suivante :

« La meilleure créature à ce jour sur Terre est Job, un homme au caractère humble, faisant état d’une patience inégalée et se rappelant toujours de son Seigneur. C’est un excellent modèle pour les autres croyants. En retour, Dieu l’a comblé avec une longue vie et d’importantes richesses, bien qu’il ne fasse jamais preuve de suffisance ou d’orgueil. Sa famille, ses servants, ainsi que ceux dans le besoin et les pauvres trouvèrent une part dans sa bonne fortune ; il nourrit et habille le pauvre et achète des esclaves en vu de leur rendre la liberté. Il fait en sorte que ceux qui reçoivent sa charité se sentent comme favorisés, tellement il est bon ».

Iblis (Satan), entendant cela, projeta alors de tenter Job (PBSL) dans la voie de la corruption et de la dénégation. Il décida aussitôt de se rendre auprès de lui et de mettre en œuvre tous les moyens pour entraîner le prophète sur la voie de la corruption et de la dénégation. Pour cela il n’hésita pas à le distraire dans ses prières en lui projetant des visions tendancieuses de toutes les passions qu’il pourrait assouvir sur Terre. Mais Job (PBSL) résista aux chuchotements de Satan « Hamazate A Chaytan », et ne laissa pas ce dernier prendre le pas sur lui. Satan en fut troublé, et il commença à haïr Job (PBSL).

Job perd tous ses biens

Afin de concrétiser son œuvre destructrice, Satan se rendit auprès de Dieu et lui formula la demande suivante : « Si Job, est continuellement en train de Te glorifier, il ne le fait pas par sincérité mais pour Te satisfaire afin que ses biens ne lui soient pas retirés ». Il ajouta : « Si Tu lui enlèves ses biens, alors Tu verras que sa langue ne mentionnera plus ton nom et ses prières cesseront ».

Dieu lui répondit que Job (PBSL) faisait partie de ses adorateurs les plus sincères. Que ce dernier ne le glorifiait pas à cause des faveurs dont Il l’avait gratifié ; que son adoration venait du cœur et n’avait rien à voir avec les biens matériels du bas monde. Pour contredire Satan et lui prouver la patience dont Job (PBSL) était capable, Dieu lui accorda la possibilité d’avoir la main mise sur ce qui fit la richesse de Job, à savoir : famille, serviteurs et biens matériels.

Iblis se mit alors à l’œuvre et s’entrepris à détruire petit à petit la totalité des biens de Job. Ce dernier perdit ses troupeaux, ses servants, ses terres et se retrouva vite sans aucune ressource. Iblis apparut alors devant Job (PBSL) en prenant l’apparence d’un sage vieillard et lui dit : « Toute ta fortune est perdue. Certaines personnes disent que cela vient du fait que tu as trop donné en charité et que tu as passé trop de temps à prier Dieu. D’autres disent encore que Dieu ta rendu ainsi afin de plaire à tes ennemis. Si Dieu a vraiment la capacité de prévenir les dommages, alors il aurait protégé tes biens ».

Job (PBSL) lui répondit alors : « Ce que Dieu m’a pris Lui appartient. Ce n’était seulement qu’une manifestation de sa volonté. Il donne à qui Il veut et prend à qui Il veut ». Sur ce, il tomba en prosternation devant Dieu, lui rappelant son adoration.


(1) Historien musulman né à Médine en 704, et mort à Bagdad en 767. Parmi ses travaux les plus remarqués, on note la biographie du prophète Muhammad PBSL « Al Sira Anabawiya »

Job perd toute sa famille

Voyant qu’il ne pouvait pas faire plier Job (PBSL) par ce stratagème, Iblis se rendit à nouveau auprès de Dieu pour lui dire :

« J’ai dépouillé Job de tout ses biens, mais il te reste toujours reconnaissant. Pourtant, il doit cacher son ressentiment, car il possède toujours de nombreux enfants. Le vrai test d’un père réside à travers sa progéniture. Tu verras comment Job te rejettera après cela ».

Après que Dieu lui donna son autorisation d'attenter à la vie des enfants de Job, Satan appela ses serviteurs et fit s’écrouler les fondations de la maison dans laquelle vivaient ces derniers et le bâtiment s’effondra aussitôt, tuant la totalité de la progéniture de Job.

Iblis prit alors l’apparence d’un homme venu réconforter Job (PBSL). Sur un ton rempli de compassion, il dit à Job (PBSL) : Les circonstances dans lesquelles tu as perdu tes enfants sont bien tristes. Penses-tu réellement que ton Seigneur t’a récompensé de la meilleure des façons pour toutes les prières que tu Lui as adressé ? Iblis attendit ensuite avec anxiété la réponse de Job (PBSL), espérant que ce dernier rejette Dieu.

Mais Job (PBSL) le déçut une nouvelle fois en répondant : « Dieu parfois donne et parfois reprend. Il est parfois satisfait et parfois insatisfait de nos actes. Quelle que soit l’épreuve que je dois subir, bonne ou mauvaise, je resterai ferme dans ma foi et dans mes remerciements envers mon Créateur ». Job (PBSL) tomba de nouveau en prosternation devant Dieu, lui rappelant son adoration exclusive et sa totale fidélité.

Job perd sa santé

Satan entra alors dans une colère extrême, et retourna se plaindre de Job (PBSL) auprès de Dieu : « Oh Seigneur des univers, la fortune de Job (PBSL) est partie, ses enfants son morts, mais il est toujours en bonne santé, et ce n’est que tant qu’il pourra jouir de cette dernière qu’il continuera à t’adorer. Il le fera aussi dans l’espoir de retrouver sa fortune et de produire une nouvelle fois plus d’enfants. Donne moi autorité sur son corps que je puisse le rendre faible. Il négligera alors de Te prier et deviendra un dénégateur ».

Dieu, voulant montrer à Satan combien Job (PBSL) était un serviteur dévotieux, accorda cette faveur à Iblis, mais y plaça une condition :

« Je te donne autorité sur son corps mais pas sur son âme (2), ou réside la science émanant de Moi et de Ma sagesse ».

Iblis, armé de son nouveau pouvoir, entreprit alors de se venger du corps de Job. Il lui fit contracter les maladies les plus virulentes, si bien que ce dernier n’eut plus que la peau sur les os. Mais Job ne désespéra jamais de la miséricorde Divine, et resta dévotieux envers Dieu.

Petit à petit les amis et proches de Job (PBSL) commencèrent à prendre leur distance vis à vis de lui, dégoûtés par son état lamentable, et il finit par se retrouver seul avec sa femme, qui s’employa à lui témoigner toute sa compassion et sa tendresse. La tradition rapporte que Job (PBSL) resta dans cet état critique pendant de nombreuses années, sans que sa foi en Dieu ne décline d’un iota.

Iblis, désespéré de ne pas pouvoir faire renier Job (PBSL), consulta ses serviteurs sur la meilleure solution à adopter. Ils lui répondirent alors : « Comment ton expérience du genre humain ne peut-elle pas marcher contre Job, alors que tu as réussi à faire chasser Adam, leur père en dehors du Paradis ? ».

Par une ultime tentative, Iblis décida de se rendre auprès de la femme de Job (PBSL) en prenant l’apparence d’un homme. Il lui rappela les jours passés, quand Job avait une bonne santé, une fortune et des enfants. Les douloureux souvenirs ressurgirent alors et elle éclata en sanglots. Elle alla voir Job et lui dit : « Combien de temps encore vas-tu supporter cette torture que t’inflige notre Seigneur ? Sommes-nous condamnés à rester sans biens, enfants et amis pour toujours ? Pourquoi ne demandes tu pas à Dieu de soulager tes souffrances ? ».

Job (PBSL) en fut attristé, et lui répondit d’une voix calme : « Iblis a du te souffler ces choses et te rendre insatisfaite. Dis-moi, pendant combien de temps ai-je profité de ma bonne santé et de mes richesses ? ».
Sa femme répondit : « Pendant huit ans ».

Dis-moi alors : « Pendant combien de temps ai-je souffert ainsi ? ».
Elle répondit : « Pendant sept ans ».

Alors, Job lui dit : « Dans ce cas, je me sens honteux de demander à mon Seigneur de m’enlever cette épreuve, car je n’ai pas encore souffert aussi longtemps que le nombre d’années pendant lesquels j’ai pu profiter de ma santé, et de tout le reste. Il me semble que ta foi se soit amoindrie et que tu sois devenue insatisfaite du destin que Dieu nous a réservé. Si jamais je retrouve la santé, je prends à témoin Dieu que je te punirais. Laisse moi donc tranquille et laisse Dieu faire de moi ce qu’Il lui plait ».


(2) Il s’agit ici de l’âme en tant qu’intellection ou en tant que siège du souffle divin « A Rouh’ Al Ilahiya ».

La récompense de la patience

Après que sa femme ait quitté la maison en pleurant, le prophète Job (PBSL) se tourna vers Dieu, non pour se plaindre, mais pour rechercher Sa miséricorde :

83. Et Job, quand il implora son Seigneur : “Le mal m'a touché. Mais Toi, tu es le plus miséricordieux des miséricordieux” !
84. Nous l'exauçâmes, enlevâmes le mal qu'il avait, lui rendîmes les siens et autant qu'eux avec eux, par miséricorde de Notre part et en tant que rappel aux adorateurs.

Sourate 21 : AL-ANBIYA (LES PROPHÈTES)

41. Et rappelle-toi Job, Notre serviteur, lorsqu'il appela son Seigneur : “Le diable m'a infligé détresse et souffrance”.
42. Frappe [la terre] de ton pied : voici une eau fraîche pour te laver et voici de quoi boire.
43. Et Nous lui rendîmes sa famille et la fîmes deux fois plus nombreuse, comme une miséricorde de Notre part et comme un rappel pour les gens doués d'intelligence.

Sourate 38 : SAD (SAD)

Job (PBSL) obéit, et retrouva immédiatement sa bonne santé. Sa femme, qui ne pouvait se passer de sa compagnie, revint le trouver pour lui demander son pardon et pour l’aider du fait de son faible état. Lorsqu’elle trouva son mari dans sa maison, elle fut éblouie par l’amélioration radicale de sa santé. Elle l’embrassa aussitôt, et remercia Dieu de Sa miséricorde.

Job était embarrassé du fait qu’il avait fait le serment auparavant de la corriger une fois sa santé retrouvée. Il ne désirait plus lui faire du mal, mais d’autre part il ne pouvait se résoudre à briser sa promesse. Alors, Dieu vint à sa rescousse en lui révélant :

44. “Et prends dans ta main un faisceau de brindilles, puis frappe avec cela. Et ne viole pas ton serment”. Oui, Nous l'avons trouvé vraiment endurant. Quel bon serviteur ! Sans cesse il se repentait.

Sourate 38 : SAD (SAD)

Selon Abu Huraira, le prophète de Dieu (PBSL) a dit à propos de Job :

« Alors que Job prenait son bain, des sauterelles en or tombèrent sur lui, il se mit alors à les recueillir dans son habit. Dieu, qu'il soit exalté et magnifié, l'appela en disant : "Ne t'avais-je pas donné ce qu'il faut, pour te passer de ce que tu vois». Si, par Ta Puissance, répond Job, mais je ne saurais me passer de ta bénédiction ». (Rapporté par Al Boukhari)

Ce qu’il faut retenir de l’histoire de Job (PBSL)

A travers l’épreuve qu’a enduré Job (PBSL), les hommes en général et les musulmans en particulier sont amenés à tirer des leçons dont voici quelques-unes énumérées :

1 - L’homme devra toujours faire preuve de reconnaissance envers Dieu pour les biens qu’Il octroie à ses serviteurs. Sa Miséricorde est immense et c’est à Lui que le musulman doit tous ses biens, ses enfants et ses proches.

2 - Dieu appelle les croyants à ne pas placer toute leur espérance dans le monde ici-bas, à ne pas s’attacher à ses biens et à ses personnes, car ces derniers sont sujet à disparaître un jour ou l’autre, alors que Dieu Lui est éternel.

3 - Dans l’adversité l’homme devra faire preuve de patience, et comprendre qu’il s’agit par là d'une "épreuve" ; un moyen pour Dieu de tester qui parmi ses adorateurs fait preuve du meilleur comportement, et se rend par sa patience et ses actes digne de rentrer au Paradis.

4 - Il faut toujours comprendre que c’est Dieu le détenteur unique des trésors de la Terre, qu’Il peut donner mais également reprendre à qui Il veut. Pour être soulagé d’un mal, c’est Dieu dont le croyant devra implorer la délivrance.

5 - A travers le périple enduré par Job (PBSL), chaque musulman devrait remercier Dieu de la vie qu’il lui a octroyé, car peu de gens (si ce n’est personne) ne pourrait endurer ce que Job (PBSL) a pu endurer.

Enfin selon un hadith du prophète Muhammad (PBSL) : « Job (PBSL) sera témoin le jour du jugement dernier « Yawm al Qiyama » des gens que se sont détournés de la Vérité après que Dieu les aient testé dans la vie ici bas ».

Auteur: Souhayl.A & Lionel.J
Cet article a été déjà consulté 425097 fois