Joseph (Yussûf en Arabe), à l'instar d'Abraham (Ibrahim) et de Jonas (Yunus), fait parti des prophètes dont le Coran relate brillamment l’histoire. La Sourate 12 qui porte son nom est considérée comme un chef d’œuvre littéraire par les maitres de la langue arabe ; elle raconte non seulement un récit passionnant, mais dégage aussi une morale aux sens multiples qui devrait servir d’exemple à tout croyant.
A la différence de la Bible (Genèse, premier livre de l'Ancien Testament), le Coran comme à son habitude ne s’attarde pas sur les détails historiques. Par son universalité, il les néglige volontairement au profit de l’engagement spirituel et moral du personnage central du récit, en l'occurrence ici le prophète Yussûf.
La tradition nous rapporte que Joseph est un prophète d'origine israélite (1), fils de Jacob (PBSL) et de Rachel (le Coran ne fait pas mention de cette dernière). Il est d'ailleurs l'un des deux seuls fils, avec son petit frère Benjamin, que Jacob aura avec Rachel, cette dernière décédant à la mise au monde de Benjamin.
Joseph (PBSL) est le fils préféré de Jacob, sûrement du fait que ce dernier aimait beaucoup Rachel, est transporterait ainsi l'amour qu'il aurait eu pour sa femme envers son fils. Joseph a également, en plus de Benjamin, 11 demi-frères, qui pour la plupart lui jalouse l'amour que Jacob lui porte. Enfant, Joseph (PBSL) possédait la faculté de faire des rêves prémonitoires (2) et de pouvoir interpréter ceux des autres. C'est d'ailleurs par narration d'un rêve que fit Joseph que s'ouvre la Sourate coranique "Yussuf".
Les histoires de Joseph dans la Bible et le Coran commencent donc toutes les deux de façon presque identique : Joseph raconte un rêve prémonitoire à son père, dans lequel il voit onze étoiles, le soleil, ainsi que la lune se prosterner devant lui. Jacob le met alors en garde de ne pas révéler ce songe à ses frères (3), ces derniers pouvant se sentir vexés et attenter à sa vie :
Poussés à bout par la jalousie qu'ils éprouvent à l'égard de Joseph (PBSL), les 11 frères établissent un plan pour éliminer physiquement ce dernier. L'un d'entre eux, ne souhaitant pas la mort de son frère, proposera plutôt de l'abandonner au fond d'un puit et rapporter la chemise ensanglantée de Joseph à leur père (avec le sang d'un animal, le Coran n'en dit rien si ce n’est l’expression « Faux Sang » (Dami’n Kadib), la Bible rapporte qu’il s’agit du sang d’un chevreuil).
Joseph (PBSL) est ensuite récupéré par des caravaniers qui décident de le vendre comme esclave. Il est alors acheté par un Egyptien du nom de « Al Aziz », qui en fait son intendant.
Arrivé à l'âge adulte, Joseph éblouit tout le monde par sa beauté physique, à tel point que la jeune femme de son maître, prénommée Zulaikha par la Tradition, le sollicita de sa personne. Joseph (PBSL) repousse en permanence ses avances, si bien qu'elle finit par l'accuser d'avoir tenté de la violer.
Ici, le récit Biblique et Coranique divergent, car, dans la Bible, Joseph (PBSL) est directement envoyé en prison, sur accusation de l'épouse, alors que dans le Coran, l'innocence de Joseph est prouvée par un membre de la famille d'Al Aziz.
Selon le Coran toujours, la femme de son maître, agacée par cet épisode humiliant, , et dans un désir de sauver la mise et faire taire définitivement les railleries proférées par les autres femmes de la cité à son encontre, décide de présenter Joseph à ses amies résidentes en ville, pour leur justifier son acte. Ces dernières, sublimées par la beauté de Joseph, en viennent à se couper les doigts (4). Face aux refus de Joseph (PBSL) de satisfaire le désir de ces femmes, elles complotèrent à leur tour à son encontre en usant de leur influence et finirent par le jeter en prison, espérant que ce dernier change d’avis et accepte enfin leurs avances.
(1) Pour plus de précisions, se référer à la question 40, dans la rubrique Questions/Réponses
(2) Il s’agit là d’un don divin octroyé à tous les prophètes, mais aussi à quelques saints et mystiques.
(3) Selon la Bible, Joseph aurait directement fait part de sa vision à ses frères, ce qui ne change en rien la suite de son histoire.
(4) La tradition rapporte que ces femmes étaient en train de préparer un repas avec un outil tranchant. Selon le Coran il s’agirait d’un couteau « Sukk’in ».
Une fois en prison, Joseph (PBSL) rencontra deux autres prisonniers, qui, connaissant son talent d'excellent interprète de rêves, lui demandèrent d'interpréter les leur (5). Joseph (PBSL) annonça alors à l'un des deux qu'il sera crucifié, et que l'autre sera libéré et reviendra auprès de son maître, le roi d'Egypte (un pharaon pour la Bible) en tant que servant. Joseph demanda également à celui qui allait être libéré d’intercéder auprès de son maître le roi pour qu'il puisse être libéré aussi à son tour. Cette erreur de Joseph (PBSL) lui coûtera quelques années de plus en prison, car comme le rappelle le Coran à son prophète, seul Dieu est le vrai maître libérateur « Wa labitha fi’ si’jni bid’a sinnine ».
De ce fait, le prisonnier libéré oublit Joseph pendant deux ans, et ne se rappelle de son existence qu'à l'issu d'un rêve prémonitoire répétitif du roi, dont la signification nécessitait une interprétation urgente. Alors qu'aucun de ces conseillers n'est à même de le faire, Joseph est appelé à la rescousse pour apporter la signification du rêve en question au roi. Ce dernier, impressionné par la justesse de son interprétation, l’innocente, le sort de prison, et décide d'en faire un de ses proches serviteurs.
A sa sortie de prison, Joseph devient chargé de la gestion des entrepôts agricoles du Roi (6).
Ainsi, après les sept années d'abondance, les sept années de disette arrivèrent, amenant avec elles son lot d’infamie dans le royaume. Les sujets du Roi affluèrent alors pour acquérir auprès de Joseph (PBSL) de quoi subsister jusqu'à des périodes plus fastes.
C'est ainsi que Joseph retrouva ses onze demi frères, accompagnés de Benjamin, mais ces derniers ne le reconnurent pas. Joseph (PBSL) entreprendra alors de faire accuser son petit frère de vol, afin de garder ce dernier auprès de lui. Aussi, il cacha une coupe de valeur dans la sacoche de Benjamin, et ensuite laissa faire accuser ses demi-frères de vol. Une fois la coupe découverte, Benjamin fut arrêté et gardé en otage. Joseph, le rassura aussitôt en lui révélant son identité.
Fou de douleur, Jacob, en apprenant que son deuxième fils venait de lui être arraché, décida de ne plus faire confiance à ses fils (7).
Après cet épisode, les demi-frères revinrent encore revoir Joseph (PBSL), et supplia ce dernier de leur faire l'aumône (ils n’avaient alors plus d’argent pour acheter les vivres nécessaires pour leur famille). Joseph (PBSL) leur révéla alors en suspend sa vraie identité. Le croyant mort, ces derniers furent effondrés, reconnurent leur faute et implorèrent le pardon de Dieu. Joseph leur demanda alors de faire venir Jacob, afin de lui apprendre la vérité et de le rassurer sur son sort ainsi que celui de son frère Benjamin. (Dans le Coran, Joseph leur donne même sa chemise (8)).
Il est à signaler que la suite des événements est historiquement imprécise et encore méconnue. Nous dirons simplement ici que par un concours de circonstances historiques, confirmées par les récentes recherches archéologiques effectuées en Egypte, les Amalekites (9), alors au pouvoir, ne mettront pas longtemps à remarquer les qualités de Joseph en matière de gouvernance. Ils le placèrent ainsi sur le trône d’Egypte, par un processus qui demeure de nos jours encore inconnu.
Ce dernier abrita alors sa famille en Egypte. Le Coran rapporte que durant la cérémonie royale de couronnement, Joseph fit monter avec lui son père et sa mère sur le trône, pendant que ses onze demi frères tombèrent devant lui en prosternation, en guise de respect (10).
(5) Selon certains commentateurs, le premier prisonnier ne croyait pas dans le don de Joseph d’interpréter les rêves. Il décida alors d’inventer un rêve pour se moquer du prophète. Par cet acte Dieu le punit par la réalisation de sa fabulation, d’où la fin tragique qu’il eut.
(6) De part sa connaissance de la future sécheresse qui s’abattra bientôt sur le royaume, Joseph demanda au roi de lui confier ce ministère car il était le plus apte à le gérer face à la crise qui se profilait. On peut supposer aussi qu’il n’agit pas ici pour lui même mais bien par ordre divin. Dieu lui révélant sûrement la suite des événements.
(7) Il est à noter que d’après la tradition, l'un des demi-frères émit le souhait de se faire prisonnier à la place de Benjamin, car il savait que son Père Jacob ne survivrait pas émotionnellement à la perte d’un deuxième fils. Jacob (PBSL), tellement malheureux de la perte d'un nouveau fils, perdit la vue et devint aveugle.
(8) Afin qu'au contact de cette dernière, Jacob (PBSL) retrouve la vue, en reconnaissant l'odeur de Joseph. Il s’agit là d’un autre don Divin reconnu chez les prophètes « Baraka », ainsi le prophète Muhammad (PBSL) guéri plusieurs de ses compagnons par sa seule salive.
(9) Ces derniers appelés aussi peuple Hykos, étaient arabes de la Palestine et de la Syrie.
(10) Cet acte confirme la prophétie vue en rêve par Joseph (PBSL) alors petit garçon.
Tout d'abord, il est nécessaire d'éclaircir un point : "Contrairement à la Bible qui fait mention d'un Pharaon à l’époque de Joseph, le Coran mentionne un Roi d'Egypte, pourquoi ?"
Tout simplement parce qu'à cette époque, le règne des pharaons n’avait pas encore commencé (Selon des fouilles archéologiques contemporaines, le titre de Pharaon est apparu pour la première fois, en l’an -1355 / -1353 avant JC, avec l'avènement d'Amenhotep IV (ou Akhenaton) qui fut le premier roi à prendre ce titre honorifique). Or, Joseph a vécu un peu plus de 200 ans avant l'arrivée d'Amenhotep IV sur le trône d'Egypte !
Cette précision historique dans le vocabulaire coranique conforte les musulmans dans leur croyance que le Coran est bel et bien la parole infaillible de Dieu, et continue d'étonner les critiques et historiens des religions (11).
Si Muhammad (PBSL) avait recopié la Bible pour écrire le Coran comme le prétendent les chrétiens, pourquoi changer le titre de Pharaon en Roi, pour ensuite le reprendre dans l’histoire de Moise ? Alors que non seulement il était illettré, mais qu'en plus cette découverte historique n'a été effectuée que durant le XX éme siècle
De plus, dans le récit Biblique, Jacob retrouve ses frères accompagnés de Benjamin, alors que dans le récit Coranique, Joseph oblige ces derniers à le ramener s'ils veulent obtenir un mesurage de grain. Pour cela, Joseph (PBSL) cache également une certaine quantité de marchandises dans les affaires de ses demi-frères, afin de tester leur honnêteté, et voir si ces derniers vont s'en rendre compte et revenir lui rendre cette part, ou au contraire, ils comptent l’utiliser pour de viles négociations. Ce qui renforce la cohérence et la précision du récit coranique.
Au-delà de la beauté stylistique dégagée par l’histoire de Joseph (PBSL), le Coran restitue dans la sourate 12 un récit d’une rhétorique parfaite et d’une résonance orale transcendante. On parle alors de miracle littéraire « I’jaz’ » en arabe. Ainsi, l’arabophone écoutant cette sourate, qu’il soit simple bédouin ou littéraire instruit ne peut être qu’ébloui par la beauté poétique du texte.
La sourate Yusuf est également la seule sourate où les évènements sont relatés de façon chronologique, à la manière d’un roman « structuré autour de la personne de Joseph ».
Il est a signaler que les arabes contemporains du prophète Muhammad (PBSL) n’avaient jamais entendu pareil récit (Coranique) jusqu'à lors. De plus ils se considéraient comme un peuple fier, éloquent et possédant la connaissance du langage. Et c’est par la puissance verbale du Coran que Dieu les défia.
En guise de témoignage, Alfred Guillaume décrit la beauté littéraire du Coran en ces termes :
« Le Coran a un rythme d'une beauté particulière et une cadence qui charme l'oreille. De nombreux Arabes chrétiens parlent de son style avec une chaleureuse admiration, et la plupart des Arabisants reconnaissent l'excellence de son style... En effet, on peut affirmer que dans la littérature arabe, considérable et féconde aussi bien dans le domaine de la poésie que dans celui de la prose, rien ne lui est comparable. »
De même, le célèbre Arabisant Hamilton Gibb de l'Université d'Oxford affirme :
« En tant que monument littéraire le Coran parle de lui-même, une production unique dans la littérature arabe, qui n'a pas de précurseur ni de successeur dans son propre idiome. Les musulmans de tous âges s'accordent pour proclamer son inimitabilité pas seulement par rapport à son contenu mais aussi par rapport à son style. »
(11) Il existe toute une flopée de mot dans le Coran, étrangés à l’époque de Muhammad (PBSL), d’origine grecque, Araméen ou hébreux… Ils participent à la description de faits historiques ou à l’identification de certains personnages, exemple : « Haman » cité 6 fois dans le Coran, pour désigner le vizir du pharaon. Voir à ce sujet l'article sur le prophète Moise (PBSL) >>
La sourate Joseph (Yssuf) contient une des histoires les plus longues du Coran, elle est également celle contenant le plus d’enseignements et de préceptes que chaque croyant se doit de suivre :
- Tout d'abord, le fait que Joseph refuse les avances de la femme de son maître ( Une des plus belles de son époque d’après un hadith du prophète ), est un exemple de vertu et de soumission à Dieu. Il est à noter que Abû Hurayra a rapporté du prophète Muhammad (PBSL) le Hadith Suivant : « sept seront sous l’ombre de Dieu le jour ou il n’y aura nul ombre que la Sienne, parmi eux ; un homme qui refusa les avances d’une femme riche et belle, toute en lui affirmant : Je crains Dieu ».
- Ensuite, Joseph resta en prison pendant deux ans de plus du fait que le serviteur du roi l'ait oublié, car il ne s'en est pas remis à Dieu directement mais a demandé à un humain de le sauver de la situation dans laquelle il se trouvait. Il faut donc retenir que tout croyant, lorsqu'il rencontre un problème, doit toujours s'en remettre à Dieu en premier.
- De plus, lorsque Joseph laisse une marchandise non payée dans les affaires de ses frères, escomptant qu'ils reviennent, il teste par la même leur honnêteté. Ainsi Dieu met le croyant en garde contre l'avarice et lui ordonne de faire preuve d'honnêteté envers son prochain.
- Enfin, le dernier tiers du texte est une parabole sur la famille, avec le pardon de Joseph (PBSL) envers ses demi-frères qui pourtant ont attenté à sa vie, et la venue de la famille en Egypte auprès de lui. Dieu donne à travers ce récit une leçon sur l'importance à accorder à la famille et le fait qu'il faut constamment garder les siens le plus proche de soi.