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    La mort du Progrès continuel

    On ne cessera pas avant longtemps d’épiloguer sur les causes et les conséquences de l’actuelle crise financière, désormais crise économique et probablement embryon d’une véritable crise civilisationnelle. Pour les uns, le coupable est tout désigné : c’est l’Amérique, et sa boulimie de consommation à crédit. Pour d’autre, c’est le « système », le capitalisme, le libéralisme, bref « les riches », qui, eux aussi aspirés dans une spirale de gains, nous entraînent à notre perte. Pour d’autre, enfin, ce sont au contraire les fantômes de l’Utopie du socialo-marxisme, de ce « Meilleur des mondes » devenu la société totalitaire de « 1984 »...

    Sans doute y a-t-il un peu de vrai dans toutes ces analyses, dans toutes ces stigmatisations, dans toutes ces indignations ; de toute façon, on ne pourra véritablement analyser cette crise avec lucidité et objectivité que dans quelques décennies, voire quelques siècles, tout comme les Romains, les Mayas ou les Khmers, probablement, ont été incapables d’identifier et d’analyser les facteurs de leur déclin alors même que se profilait la fin de leur civilisation...

    Mais, au-delà de ces querelles de clocher idéologiques, il semble possible, dès à présent, de remonter à la racine de cette crise systémique, vers ce « péché originel » de notre civilisation moderne qui englobe et dépasse ses reflets partiels que sont le libéralisme, le communisme et autres avatars issus des Lumières : l’Idéologie du Progrès continuel.

    Avant le Progrès

    Le mot « progrès », du latin progressus, signifiant « action d’avancer ». Selon la définition du Larousse, le « progrès » correspond au fait « d’avancer (…) d’aller vers un degré supérieur, de s’étendre, de s’accroître par étapes ». Philosophiquement, le « Progrès », avec un P majuscule, en est venu à désigner l’ « évolution régulière de l’humanité, de la civilisation vers un but idéal » ; plus prosaïquement, on le confond surtout aujourd’hui par l’amélioration des techniques industrielles et médicales, permettant une vie plus longue et moins pénible, consacrée pour une plus grande part aux loisirs et aux plaisirs sensuels.

    Le concept de « Progrès » nous paraît tellement évident, aujourd’hui, qu’en fin de compte nous n’en réfléchissons même plus sur le sens et les implications, et, finalement, ne sommes plus en mesure d’en formuler une critique objective. Or, cette conception d’une humanité se construisant par son seul labeur un monde sans cesse meilleur est extrêmement récente dans l’Histoire, et caractéristique d’une partie seulement du monde ; c’est en fait, pourrait-on dire, le trait essentiel de notre civilisation occidentale moderne ; c’est-à-dire un phénomène circonscrit dans le temps et l’espace, un concept opératif appartenant à l’histoire des idées.

    L’histoire de ce concept, son apparition dans le spectre de la pensée humaine, est aujourd’hui bien connue. Pour les Anciens, il n’y avait pas de « Progrès ». L’univers est marqué par un mouvement circulaire, à l’image du cycle des saisons et des planètes qui rythmaient la vie agricole et pastorale. Le jour succède à la nuit, la vie à la mort, la veille au sommeil ; l’univers est constamment produit et détruit par un feu cosmique selon un rythme régulier, de sorte que « commencement et fin coïncident sur le même pourtour du cercle » (Héraclite, Fragments). La métaphysique de l’existence se calque sur ce modèle circulaire, croyance en la métempsychose, ou réincarnation que l’on retrouve aussi bien dans les pensées orientales que chez les Philosophes Grecs. D’une certaine façon, ces doctrines contiennent implicitement une idée de « perfection » ; mais celle-ci n’est pas inscrite dans un « futur » vers lequel on pourrait « progresser » individuellement ou collectivement ; la perfection appartient au passé, fusion spirituelle avec le Tout Cosmique ou « Citée idéale » de Platon. Au mieux peut-on, par l’exercice de la Vertu ou de la Sagesse, y revenir, interrompant le mouvement circulaire du Samsara...

    Une première rupture va apparaître avec l’émergence, quelque part dans le Croissant Fertile, de la religion Abrahamique, mère commune des 3 Religions du Livre que sont le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam. Certes, le monde terrestre restera encore pour de nombreux siècles le domaine des phénomènes cycliques, comme l’enchaînement des messes (matines, laudes, angélus…), des saisons rythmant la vie paysanne, ou de la mécanique des astres héritée de Ptolémée ; mais l’Ancien Testament introduit pour la première fois une « flèche du temps », orientée irréversiblement du passé mythique de la Création vers le futur apocalyptique de la Fin des temps. Le temps Biblique n’est plus circulaire : c’est une ligne droite, avec un début et une fin. Plus tard, effectuant la synthèse de la pensée grecque Néo-platonicienne et du Christianisme encore un peu exalté de Saint Paul, les Pères de l’Eglise consacreront cette rupture ontologique avec le monde des Anciens : la Cité idéale de Platon, désormais « Cité de Dieu » Augustinienne, n’est plus dans le passé, mais dans le futur.

    L’idéologie du Progrès continuel

    Futur encore hors du temps, eschatologique. Mais il ne faudra pas longtemps pour que les progrès effectués par les diverses civilisations humaines dans les domaines agricoles (charrue, collier d’épaule, moulin à eau…), industriel (horloge, machine à vapeur, métier à tisser à cartes, …), scientifiques (astronomie, mathématique, médecine…), des communications et transports (gouvernail, imprimerie, train, automobile, téléphone, avion…), ne nous persuadent que la « Cité de dieu » peut être réalisée dans ce monde, dans ce temps, par le seul fruit de notre intelligence et de notre travail. Deuxième rupture ontologique, quelque part à la Renaissance, lorsque l’accélération du progrès le rend perceptible à l’échelle d’une vie humaine, alors que jusqu’à maintenant le monde avait toujours parut immuable ; lorsque le Savoir, symbolisé par Galilée, parvient à s’émanciper de la Tradition, incarnée par l’Eglise ; lorsque la vérité du Savant et du Philosophe remplace celle du Prêtre ; lorsque l’Homme prométhéen, finalement prend en main son Destin et se persuade qu’il lui est possible de transformer le monde à son image, puis de se transformer lui-même en un être toujours plus proche de la perfection. Accélération de l’histoire marquant un renversement spectaculaire : dans le monde des Anciens, la perfection est dans le passé ; le « bon », le « juste », le « noble », nous est transmis par l’enseignement des Ancêtres, la Tradition, la Coutume ; le « nouveau » est douteux, dangereux, menaçant… Avec l’entrée dans l’époque Moderne, la perfection est dans le futur ; désormais c’est la tradition qui devient aliénante, alors que le nouveau, l’innovation, le changement, deviennent par principe identiques au « bon », au « juste », au « beau »...

    A toute révolution conceptuelle correspond le besoin d’une nouvelle « idéologie », au sens marxiste de « représentation de la réalité », destinée à combler le vide laissé par la disparition de l’ancienne, désormais ravalée au rang de superstition, d’obscurantisme, de fable destiné à justifier la domination d’une caste désormais déchue. Un nouveau « mythe fondateur » doit être forgé pour justifier l’abandon des traditions, la condamnation des Anciens, le dénigrement de ce qui était jusqu’à présent présenté comme vrai, juste et bon (ce qui faisait dire à Cioran : « Le Progrès est l’injustice que chaque génération commet à l’égard de celle qui l’a précédée. »). Bacon est le premier à en proposer un avec son Novum Organum, qui répond et s’oppose à l’Organon d’Aristote : Sa Nouvelle Atlantide n’est plus une civilisation disparue de surhommes, mais une île utopique dirigée par des scientifiques dont le but est « l’expansion de l’Empire humain jusqu’à ce que nous réalisions tout ce qui est possible. » Pascal, de sa plume magnifique, définit le nouveau Credo du Progrès continuel : « Non seulement chacun des hommes s’avance de jour en jour dans les sciences, mais tous les hommes ensemble y sont en continuels progrès à mesure que l’univers vieillit (…) de sorte que toute la suite des hommes, pendant le cours de tant de siècles, doit être considérée comme un même homme, qui subsiste toujours et apprend continuellement ». Rousseau, finalement, cristallisera cette idéologie dans sa théorie de la « perfectibilité » de l’homme et son projet, révolutionnaire au sens premier du terme, d’un « homme nouveau ». Ainsi Buffon pouvait-il écrire au milieu du XVIIIe siècle, dans son Histoire naturelle : « Qui sait jusqu’à quel point l’homme pourrait perfectionner sa nature, soit au moral, soit au physique ? (…) L’esprit humain n’a pas de bornes, il s’étend à mesure que l’univers se déploient ».

    L’Economie du Progrès

    Une fois posé le concept philosophique et humaniste du « Progrès continuel », il restait à définir de façon plus précise quel type de progrès était souhaitable, et quelles institutions politiques, sociales et économiques mettre en place pour le rendre pratiquement possible. Née sous des hospices philosophiques et scientifiques, l’idéologie du Progrès continuel va prendre sous la plume des Philosophes empiristes anglais de l’ « Enlightment » une tournure nettement plus matérialiste et, finalement, se décliner en une nouvelle théorie économique et politique qui englobe ses déclinaisons ultérieures que seront le « communisme » ou le « libéralisme ».

    Réfléchissant sur la « passion élémentaire » à l’origine de toutes nos actions, Hobbes, rompant avec la tradition classique héritée de la pensée Grecque, associe désormais le « bien » à l’ « agréable », prônant un « hédonisme politique » levant toute restriction à la recherche du plaisir des sens. Le but de la société n’est plus « la vie bonne » mais « la vie agréable » ; l’objectif des gouvernants n’est plus de cultiver la « vertu » des citoyens mais de les « pourvoir abondamment […] de toutes les bonnes choses […] qui procurent la délectation ». Rompant également radicalement avec les Anciens, Locke élabore quant à lui une doctrine du Droit naturel selon laquelle le bonheur n’est pas tant dans le plaisir que dans la possession de ce qui donne le plaisir, justifiant ainsi moralement la possession illimitée de biens (ce qui lui vaudra d’être considéré comme le père du « capitalisme » et du « libéralisme ») ; Bentham développe le concept d’ « utilitarisme hédonique » qui place la recherche du « bien-être » (welfare) physique, moral et intellectuel comme fondement de la vie sociétale (religion, économie, éducation, justice…). Finalement, la recherche d’un plus grand bien-être, aspiration légitime de tout être humain à la base de l’édifice des Droits de l’Homme, se réduit dans sa version matérialiste à la recherche d’un plus grand confort, d’une plus grande jouissance, de possessions toujours plus importantes ; chaque avancée dans ce sens apparaît comme irréversible, nécessaire, répondant à nos besoins fondamentaux, et donc moralement justifié. En d’autres termes, la progression de nos « besoins » suit parallèlement l’amélioration du niveau de vie que nous procure le progrès technique : « La progression des besoins est une chose nécessaire : elle est fondée sur l’essence même de l’homme, il faut que les besoins naturels, une fois satisfaits, soient remplacés par des besoins que nous nommons imaginaires, et qui deviennent aussi essentiels à notre bonheur que les premiers », écrit ainsi peu avant la Révolution l’un des Encyclopédiste, le Baron d’Holbach, dans son Système de la nature.

    Comme l’atteste notre obnubilation maladive pour l’évolution des « PIB par habitant », « pouvoir d’achat » et autres « Indices de Développement Humain », la croissance économique constitue la manifestation la plus claire de l’objectif premier de l’organisation de nos sociétés modernes : créer, sans cesse, de nouveaux besoins, au travers de la publicité et de la « culture » au sens large, afin d’alimenter une croissance économique perpétuelle. L’idéologie du Progrès marque de plein pied l’entrée de l’homme moderne dans cette « société de consommation », qui n’aura jamais été mieux décrite que par ces mots de Tyler Durden dans Fight Club (« We waste our lives working at jobs we hate to buy shit we don’t need ! »), à laquelle elle fournit une pseudo-justification morale tout autant qu’un impératif individuel et collectif : désirer plus, consommer plus, posséder plus, n’est plus immoral, c’est au contraire la condition de l’accroissement de la prospérité de la société dans son ensemble. Corollairement, la prospérité croissante d’une société permet un plus grand confort à chacun de ses membres, ce qui se traduit par l’octroi de nouveaux « droits » (sécurité sociale, chômage, retraite, congés payés…) qui seront désormais considérés par « effet cliquet » comme autant d’ « acquis sociaux » sur lesquels il serait inimaginable de revenir. Qu’il s’agisse des « capitalistes » ou du « prolétariat », tous les indicateurs doivent être orienté à la hausse : plus de profits, plus de rentabilité, plus de pouvoir d’achat, plus de protection sociale, plus de loisirs… Impératif totalitaire, absolu, de Progrès, comme ces statistiques délirantes de 1984 qui, hors de toute réalité, doivent invariablement prouver que "people today had more food, more clothes, better houses, better recreations—that they lived longer, worked shorter hours, were bigger, healthier, stronger, happier, more intelligent, better educated, than the people of fifty years ago.”

     

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    Dernière mise à jour : 01/08/2014 - Nombre visiteurs : 1746685
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